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La descente du Mékong à la rame, c’est l’épopée folle d’une jeune Japonaise, Suma Katsura, et d’un jeune Français, Louis Terren. 2300 km sur les eaux parfois tumultueuses du mythique Mékong à travers le Laos, le Cambodge et le Vietnam.

Une folle aventure en pirogue

Cela fait bientôt deux semaines que ma partenaire et moi avons atteint l’océan au Vietnam. J’avais trouvé peu d’information pratique sur le Mékong sur VF et internet en général pour préparer cette aventure donc je profite d’avoir accès a un ordinateur pour proposer mes réponses à la communauté. Je prendrais le temps de taper un récit à mon retour en France dans quelques mois mais en attendant voici un résumé pratique :

Je voulais découvrir l’Asie du Sud Est à la rame. Pendant mon travail de préparation en couchsurfing à Vientiane, j’ai rencontré une backpackeuse Japonaise de 26 ans, et nous avons décidé de tenter l’aventure ensemble. Nous sommes partis a Luang Namtha au Nord du Laos pour trouver une pirogue, et nous en avons acheté une ensemble le 29 septembre 2014, moins d’une semaine après notre rencontre ! Nous avons pagayé deux mois et demi sur la rivière (Nam) Tha puis le Mekong à travers le Laos, Cambodge et le Vietnam (environ 2300km).

descente du mekong

La traversée du Mékong

Je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de pagayer sur l’énorme rivière boueuse que l’on voit en traversant les ponts frontaliers entre la Thailande et le Laos. Je misais mes espoirs sur la Nam Ou mais j’ai vite découvert que les premiers barrages sont déjà terminés sur cette belle rivière. C’est donc par défaut que j’ai choisi de descendre la Nam Tha qui rejoind rapidemment le Mékong sous le Triangle d’Or. Mais voilà, bonne nouvelle les amis, le Mékong est splendide !

C’est dommage qu’en touristes à Vientiane, Luang Prabang, Paksé, etc on on ne voit toujours qu’une rivière large et plate. En réalité, c’est une rivière qui change tout le temps ! Souvent rocheuses et puissante, tantôt entourée de montagnes, de forêts vierges, de populations généreuses et spirituelles, de gorges, de forêts innondées, et bien sûr, de champs de riz.

D’ailleurs je recommande grandement la descente Huay Xai – Luang Prabang en bateau à moteur. Trip touristique classique, c’est une très belle section de la rivière, très boisée et montagneuse. Malheureusement le moteur effacera les bruits de la faune mais l’expérience visuelle mérite au moins deux jours à bord.

descente du mekong

Amis rameurs, attention ! Je ne recommande pas le Mékong si vous n’avez pas d’expérience en eaux vives, il y a des longues sections de rapides II-III, notamment au Sud de Luang Prabang et de Savannakhet. La rivière est rocheuse, et en fin de saison des pluies les courants sont puissants. Je ne connais que les termes technique en Anglais …

The river bed is rocky and creates serious waves, whirlpools, and mean shoals, so remember to scout the rapids. The flow is often funneled down a narrow mainline with ridiculous eddie lines to punch; so there is a real threat of sinking and getting pinned, we’ve experienced both !

En Francais approximatif ça donne : le fond rocheux de la rivière crée des courants difficiles a contrôler à la rame, il faut bien prévoir sa trajectoire en amont pour éviter les vagues et les tourbillons, sinon on coule ou on se retrouve plaque contre les rochers. Nous avons vécu les deux. Autant que possible il faut penser à sortir de l’eau pour aller voir les rapides en aval, on les entends toujours bien à l’avance, donc rien d’infranchissable, hormis les Khone Falls à la frontière cambodgienne bien sur !

descente du mekong


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Cela dit, le Mékong est totalement relax la majorité du temps, la rivière est calme avec un courant de 2.5km/h qui nous aide tranquilement. Si vous calculez bien vos dates de trip pour avoir un niveau d’eau suffisant au dessus des rochers, il ne faut se méfier que des sections Luang Prabang – Vientiane, Savannakhet – Kratie.

Je recommande aux amateurs la section en amont de Luang Prabang

Le courant vous porte completement a 5km/h sur un Mekong etroit et sauvage avec peu de rochers dangereux. Ma section préferée est en amont de Pakse dans le parc du Phou Xiang Thong. Section totalement isolée, sauvage et clairement ma préférée, plusieurs jours de montagnes sauvages, gorges, cascades translucides sur les berges… un vrai régal.

Les forêts innondées juste en aval de la frontière Cambodgienne sont une autre tres belle surprise. En revanche, le reste du Cambodge, Vietnam, et la longue section Vientiane – Savannakhet au Laos sont davantage civilisées, et la rivière est large et lente. Moins divertissant mais du coup aucuns dangers et pleins de rencontres et de bouffe !

descente du mekong

descente du mekong

Je garde le meilleur pour la fin. Tous ces rochers qui vous font ramer, littéralement, toute la journée, vous offrent une infinitée de plages pour camper ! Tous les soirs vous trouverez une plage de sable blanc avec quantitée de bois sec a disposition pour votre feu de camp ! Idéalement vous choisirez une plage vierge sur une ile au milieu de la rivière, fraichement sortie de l’eau avec la rivière qui baisse de 20cm par jour, ca vous évitera quelques ennuis avec les fourmies nocturnes qui colonisent les berges.

Le matos pour naviguer

On trouve plusieurs temoignages sur internet de backpackeurs qui ont achete des pirogues sur le Mekong. Mon expérience est la suivante: ce n’est pas évident de trouver ce qu’on cherche là ou on veut ! J’ai cherché pendant 3 jours a Luang NamTha en vain, peu de pirogues et aucuns « fixer ». C’est au village de Nale qu’on a rapidemment trouvé un « fixer » et negocié quelques options. Au menu : une vieille petite pirogue sans moteur a $80, une vielle pirogue avec moteur a $400, et une neuve en construction avec moteur pour $600.

La neuve était un peu chère pour un trip à destination incertaine, et les vielles était trop usées et petites pour espérer nous enmener jusqu’à l’ocean. Du coup, nous sommes parti en bateau avec notre fixer dans les villages isolés le long de la rivière (Nam) Than et enfin nous avons trouvé la pirogue: un peu trop longue pour deux (11m !), mais en bon état et surtout avec les bords surelevés pour protéger des vagues, et un moteur honda 6.5HP presque sans rouille. Un peu au dessus du budget mais nos vies valent bien $500. Enfin, pensez aux conseils du membre 123 de se balader avec une feuille contenant les phrases essentielles traduites par un local, c’est le seul moyen de parvenir à quoique ce soit.

 descente du mekong

Moteur ? Initialement je pensais partir solo en pirogue sans moteur, mais avec la joie d’avoir trouvé une partenaire est venue l’angoisse de mettre sa vie en danger. A postériori je suis ravi de notre décision, d’abord parce que la Nam Tha était encore un torrent fin Septembre, deux jours avant notre arrivée il y eu un « flash flood » de 5m !

Donc sur la Nam Tha nous utilisions le moteur 50% de la journée, ce qui m’a donné le temps de former ma partenaire et de connaitre le bateau. Des notre arrivée sur le Mékong nous ulitisions le moteur moins de deux minutes par jour pour corriger des erreurs de trajectoires dangereuses, donc utilisation minime mais utilite certaine. Malheureusement, le dixième jours nous sommes arrivé a Luang Prabang ou l’on nous a volé notre moteur pendant l’avitaillement en plein apres midi ! Nous avions pourtant une caisse de protection et une chaine toute neuve, mais en vain.

La pirogue avait desormais un joli trou a l’emplacement de l’arbre de transmission, que les voleurs avaient soigneusement comble de sac plastiques pour éviter que le bateau ne coula sur le champ. Coup au moral qui finit en coups de beer lao, mais puisqu’ils nous ont laissé le bateau, on a comblé le trou avec un bambou et des sac plastiques supplementaires et une résolution ferme d’éviter toute erreur de trajectoire. Manque de chance, le beau Mekong tranquile que nous decouvrions depuis une semaine changeait juste apres Luang Prabang… rochers à n’en plus finir, entonnoirs puissants, et tourbillons dont on ne voit pas le fond, et nos premiers orages tropicaux !

descente du mekong

Gilets de sauvetage bien sûr, on en trouve dans les villes principales de Thailande et Laos pour quelques dollars, donc pas d’excuse. Par contre on ne les portait que en approchant les rapides, et on était extremement content de les porter quand on a coulé soudainement ! Essentiel : un smartphone pour le GPS avec les app de cartes offline tel que Maps.me et surtout google earth qui est le seul moyen de voir les rochers et rapides à venir (chargez les cartes en wifi avant de partir offline bien sûr).

Utile également en dehors du matos habituel : parapluie pour le soleil, moustiquaire pour camper à la belle, citerne de 20L que tous les locaux utilisent dans la région ($3 à l’achat et seulement $0.5 au remplissage), panneau solaire.

Frontières et visas

On traverse le Laos avec des visas de touriste pour le Laos mais on a campé / dormi chez l’habitant / guesthouse tout autant en Thailande ! Gros soulagement de découvrir qu’il n’y a pas de difficultés administratives à pagayer sur la frontière tant qu’on reste discret. On s’est fait controler plusieurs fois sur la rivière par des « faux pêcheurs »; on les repère rapidemment à deux sur une pirogue de pêcheur solitaire et sans matos de pêche, toujours avec un t-shirt rouge, l’un au moteur qui nous aborde à pleine vitesse et l’autre qui nous canarde de photos avec une camera numérique. A chaque fois on a pu s’échapper sans même montrer nos passports en les embrouillant cordialement dans un Anglais qu’ils ne parlent pas.

La frontière cambodgienne est « facile » à passer puisqu’on peut obtenir un visa touristique on arrival, par contre patience et combines nécessaires si vous refusez de payer les bakchichs. Quant aux cascades à la frontière, impossible à traverser en pirogue, il faut organiser un portage soit par l’ile de Don Khon en profitant du travail de nos ancêtres ou par la route rive gauche.

La frontière vietnamienne est plus compliquée en tant qu’Européens puisqu’il faut obtenir les visas à l’avance à l’ambassade à Phnom Penh ($70) et prendre la voie principale du Mékong pour atteindre l’océan, i.e. avec tout le traffic de cargo. Nous avons choisi une alternative plus naturelle en rentrant par les voies secondaires et sans visa; pas de regret mais pas évident du tout puisque les militaires Vietnamiens sont bons ! Trop d’histoires à raconter, disons juste qu’il y eu de nombreux échecs et arrestations avant une réussite nocturne par les canaux.

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Les Barrages sur le Mékong

Vous savez déjà probablement que le premier barrage au Laos est sur le point d’être achevé. Sayaburi dam est assez énorme et très préocupant; nous sommes passés de justesse dans un couloir qui coulait toujours, à priori la rivière sera finalement bloquée dans quelques mois à peine. Triste de savoir que nous serons peut être les derniers à pouvoir faire ce trip en « free flow ». Il y a sept autres barages en projet au Laos et un au Cambodge mais en réalité pour le moment rien n’a commencé ailleurs.

La Météo sur le Mékong

Vous avez déjà testé le « hot yoga »? c’est pire ! Pagayer sous la chaleure tropicale et un soleil de plomb vous fera transpirer comme jamais, heureusement vous vivrez sur l’eau donc les baignades régulières seront délicieuses. Oui l’eau est tout sauf limpide et mais elle est presque toujours plus propre que vous ! En tant qu’occidental se baigner dans une eau ou tant de personnes font leur toilette est angoissant, mais sans aller jusqu’à se brosser les dents dans le Mékong comme les locaux, nos baignades quotidiennes n’ont pas été source de maladie hormis une infection à l’oreille pour moi (pendant ou une section très chaude ou je sautais à l’eau toutes les heures). Sinon, pour en revenir à la météo : assez peu de pluie et presque pas de froid. On a utilisé nos sacs de couchage que dans la partie nord du Laos, et on ne s’est refugié dans ma mini-tente de secours que 4 fois. Nous avons dormi presque toutes les nuits à la belle sous la moustiquaire, et quand les nuages étaient trop nombreux en fin de journée on assurait en trouvant une hutte ou dormant.

Les orages tropicaux sont de vrai deluges, c’est très impressionant mais on peu continuer à ramer puisque ca ne dure rarement plus de 20 minutes.

Équipage

Ma partenaire était totalement novice à la rame et aux aventures de longues distance. Elle était placée à l’avant du bateau d’où elle pouvait rapidement corriger la trajectoire en ramant perpendiculairement. J’ai été guidé de kayak d’eau vive aux Etats-Unis et j’ai deja fait une autre aventure longue distance a la rame en debut d’année donc j’étais le capitaine à bord ! Assis à l’arrière je contrôlais la direction de la pirogue principalement grâce à un petit gouvernail artisanal, et en ramant bien sûr. Je recommande de nommer un capitaine à bord puisque les sections de rapides demandent des choix radicaux et immédiats, on n’a pas le temps de debattre. L’équipier à l’avant doit servir d’éclaireur pour signaler les dangers (idéalement avec des codes de communication non verbaux), et le capitaine à l’arrière doit pouvoir décider et communiquer efficacement.

 descente du mekong

Ressources principales :

  • www.mrcmekong.org/ pour suivre régulièrement le tableau de projection de niveau d’eau pendant la hautee saison, les alertes de flash floods, les prévisions météos, et trouver des pdf passionnants tel que celui ci qui vous indique les distances kilometriques : www.mrcmekong.org/…lume-I-Waterways.pdf
    www.google.com/earth/ est l’outil principal de navigation, par contre il faut deviner en permanence si les images satellites sont en saison sèche ou saison de pluie, ce qui n’est pas toujours évident
  • Voyage d’Exploration en Indochine par Francis Garnier, bonne ressource pour savoir ou l’équipage a confronté des rapides, 150 ans plus tard pires passages sont les mêmes: Luang Prabang – Vientiane, Khemmarat, Khone, Sambor et Kampi !
  • www.internationalrivers.org/pour suivre la constructions de barrages, s’engager pour la protection du Mékong, et lire quelques rapports très à jours tels que : www.internationalrivers.org/node/8456
  • moi ! Je n’ai pas d’ordi donc je répondrais succinctement, mais je suis à votre disposition.

Ci-dessous quelques photos parmi des centaines pour vous faire rêver ceux qui espéraient lire un récit et non une fiche technique ! Je précise que je n’ai pas pris de photos dans les moments dangereux ni dans les moments intimes (i.e. avec les locaux) donc ce ne sont que des photos de paysages.

Bonnes aventures !

devis vietnam