Les « viet-kieu » sont une appellation courante désignant les vietnamiens de l’étranger. Ils sont à peu près 4 millions, dont 300 000 en France.

La diaspora vietnamienne a des récits familiaux souvent douloureux en lien avec le 20ème siècle difficile de l’histoire vietnamienne. Mais aujourd’hui ses membres, expriment un attachement profond à deux pays et profitent des opportunités nombreuses qui s’offrent à eux pour un retour aux sources familiales, facilité par le développement économique du Vietnam et l’ouverture du régime à ces personnes autrefois qualifiées de « traîtres de la Nation ». Un choix assumé, à cheval entre deux pays, mais sans prise de risque et un petit choc culturel au programme. Portrait de deux d’entre-eux.

Quelle est selon vous l’histoire intime qui vous lie à la France et au Vietnam ?

Je m’appelle My-Lan, j’ai 28 ans, ma mère a dû quitter le Vietnam de force en 1968 avec la famille du premier ministre du Sud-Vietnam de l’époque, Nguyen Van Loc. C’est dans la région parisienne et plus précisément à Chatou (Yvelines) qu’ils s’installèrent. C’est dans cette petite ville que mes parents se sont rencontrés en 1975. Je suis donc métisse franco-vietnamienne. J’ai également deux grandes sœurs, et comme souvent pour toute famille asiatique nous sommes très soudées et fières d’être métissées. • My-Lan

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Je m’appelle Alexandre, j’ai 28 ans et je suis descendant de parents d’immigrés arrivés en France en 1985. Ma maman et mon papa ont dû quitter leur pays d’origine suite à la chute de Saïgon en 1975 (appelée libération de Saïgon par les troupes nord-vietnamiennes). Leurs dernières années au Vietnam suite à la crise économique de l’après-guerre, furent très difficiles. De sorte que l’ensemble de ma famille n’est plus présente aujourd’hui au Vietnam et est dispatchée entre les Etats-Unis, le Canada et la France. Le premier contact familial entre la France et le Vietnam fut celui de mon grand-père paternel qui avait vécu durant l’Indochine française et parlait très bien le français. Quant à mes parents, leur récente histoire débute par leur rencontre dans un foyer d’immigrés de la région lyonnaise. • Alex

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Photos d’enfance

Comment et pourquoi avez-vous décidé d’avoir une expérience au Vietnam ? Pourquoi Hanoï ?

My-Lan • J’avais déjà songé plus jeune à tenter l’expérience dans mon pays maternel afin de découvrir mes racines, en savoir plus sur la culture de mes semblables et de faire des progrès linguistiques dans la langue maternelle de maman. Etant du sud, je n’étais cependant pas attirée par l’effervescence d’Hô- Chi-Minh-Ville (ex- Saïgon) et n’avait pas osé me lancer toute seule d’ailleurs dans un pays aussi lointain.

J’ai découvert après mes études en graphisme, le programme « Mobil’Hanoï », proposé par l’association Batik International. Il offre l’opportunité à des jeunes créatifs d’effectuer un stage de 6 mois à Hanoï. C’est par ce biais et grâce à Amica Travel que je me suis donc retrouvée ici. A la fin de mon stage, je n’ai pas eu envie de partir tout de suite et donc je suis revenue dans la même agence ! Ces échanges furent très riches.

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Alex • C’était un projet longuement mûri lorsque j’étais encore étudiant, je voulais faire « corps et âme » avec le pays de mes origines. L’investissement financier fut important, mais j’ai obtenu en retour le plus humain des enrichissements.

Amica Travel m’a permis de travailler ici et donc de rester durablement au Vietnam pour prendre tout mon temps de découvrir ce pays. C’est une agence qui me correspond beaucoup car elle est le fruit d’un rapprochement réussi entre l’Asie du Sud-Est et la France, par l’usage de plusieurs langues et par son envie de faire découvrir à nos voyageurs, dans une volonté concrète du tourisme responsable, cette partie du monde.

Hanoï, la capitale du Nord, a été un choix étonnant pour ma famille originaire du Sud, qui avait gardé ce douloureux souvenir de la guerre du Vietnam et de la défaite du Sud-Vietnam. Mais je n’ai pas eu le choix car le lieu de travail était bien dans cette ville et Hanoï est finalement devenue une seconde maison.

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Alex et Mary en tenue traditionnelle de l’ethnie Dzao rouge

Qu’est-ce qui nous plaît ou déplaît dans la vie au Vietnam ?

My-Lan • J’apprécie la facilité de la vie au Vietnam. Tout est peu compliqué, sans grand stress et les gens sont souvent d’une grande simplicité. Tout l’inverse de ma vie parisienne. En tant qu’expatriée, il est cependant parfois pesant de ne pas être considérée comme entièrement intégrée mais plutôt d’être considérée comme une touriste !

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Alex • Commençons par les points négatifs, car tout n’est pas rose ici ! Citadin que j’ai toujours été, la vie citadine vietnamienne se révèle pourtant être fatigante du fait de l’intensité de la circulation, la densité de la population et par le brouhaha quotidien. Autre point négatif est aussi la pollution de l’air, importante à Hanoï et le fléau de l’usage du plastique.

Sinon, l’une de mes principales raisons de vivre au Vietnam est, sans vouloir généraliser, la simplicité, la gentillesse, le courage et le sens du service de la plupart des personnes. Le contact est beaucoup plus facile et les gens se plaignent beaucoup plus rarement que chez nous. Très gourmand, la cuisine vietnamienne exprime également ici toutes ses saveurs originelles : les ptites courses au marché local sont un pur bonheur et enfin, le coût de la vie est moindre donc cela rend la vie plus agréable !

Quel est selon vous la différence et les similitudes entre un « viet-kieu » et un « vrai vietnamien » ?

My-Lan • Etant vietnamienne du côté de ma maman, j’ai plutôt été élevé « à la vietnamienne ». Je me trouve donc proche des vietnamiens au niveau des traditions familiales et du respect d’autrui, et notamment envers mes aînés.

Je sens cependant nettement une différence culturelle avec les vietnamiennes au niveau du style de vie. Je suis très citadine, je vais souvent au restaurant, je sors le soir, je vois mes amis pour boire un verre. Ce qui n’est pas encore totalement dans les mœurs ici.

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Alex • C’est ici que je dois remercier à mes parents de m’avoir transmis la langue vietnamienne car c’est avec elle que je peux comprendre comment vivent les locaux. J’ai pu découvrir des différences notamment dans l’attachement aux valeurs familiales, dans les sorties nocturnes et surtout aux mœurs. Ces différences sociales, comportementales et culturelles, se retrouvent souvent au travail où expatriés et locaux essayent parfois avec difficulté, de se comprendre pour avancer ensemble. Pour moi, chaque partie s’assemble et apporte à l’autre partie sa richesse, car je suis intrinsèquement au milieu.

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My-Lan entourée de Hmong noirs

Qu’est-ce qui vous manquerait le plus si vous rentriez en France ? Qu’est-ce qui vous a manqué le plus lorsque vous étiez au Vietnam ?

My-Lan • Beaucoup de choses à citer ! Se promener dans les rues d’Hanoï en moto, les pauses déjeuner avec mes collègues d’Amica Travel, boire un verre autour du lac Hoan Kiem ou du lac Ho Tay, la nourriture à tous les coins de rue… Le karaoké ! Sans parler de tous les gens à qui je me suis attachée.

Ce qui me manque le plus en étant à Hanoi est bien sûr la famille et les proches, en particulier ma petite nièce de 5 ans. Et on ne va pas se mentir, la gastronomie vietnamienne est vraiment géniale mais la gastronomie française arrive très vite à nous manquer !

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Alex • Si un jour je rentrerais en France, ça sera le spectacle de la rue qui va le plus me manquer. Au Vietnam tout s’organise autour de la rue et de ses trottoirs : son bitume est le support de toute la vitalité quotidienne des vietnamiens. Mes amis qui ont pu monter à l’arrière de mon scooter en gardent un souvenir mémorable de ces fumées qui s’échappent des cuisines, des vendeuses et vendeurs de rue, des couleurs des étals, de l’architecture hétéroclite des façades, de ces tabourets en plastique, du ballet des klaxons, etc.

Ce qu’il me manque le plus au Vietnam, c’est un cliché d’expatrié, mais ce sont les bons produits du terroir français, de simples plats comme des moules-frites ou ceux de la cuisine du monde comme un couscous ou un libanais. Enfin, la distance, amplifie le manque évident de ses proches.

Un conseil pour celles et ceux qui voudraient vous suivre ?

My-Lan • Je reprendrais une citation d’Hyppolyte Taine : « On voyage pour changer, non de lieu, mais d’idées ». Pour moi il n’y avait pas d’expérience plus enrichissante. Un seul mot : osez !

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Alex • Le Vietnam fut le premier grand voyage de ma vie et il restera un de mes plus grands rêves réalisés. Partir loin et voyager tout court vous permettront d’ouvrir le cœur et surtout l’esprit. N’hésitez pas à retrouver vos origines, qu’elles soient vietnamiennes ou pas : elles feront de vous une personne encore plus complète. Une force qui sera fièrement transmise à votre entourage et à votre descendance.

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Moment de complicité au sein de nos bureaux

Portrait de deux « viet-kieu », My-Lan et Alexandre
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