Un séjour au Vietnam est toujours formidable. De surcroît, quand vous y retrouvez vos racines familiales et ancestrales au cœur d’Hanoi, le voyage devient exceptionnel et émouvant. Vivre dans la capitale et se laisser envoûter par le spectacle des rues commerçantes ; partir deux jours en croisière pour découvrir la baie d’Halong ; fêter les 80 ans de maman à Hanoi avec la famille vietnamienne… Merci à maman et à toute la famille d’Hanoi de nous avoir fait partager ses moments inoubliables.

Nous revenons à Hanoi avec maman ; la première fois était en 1993. Cette année nous sommes accompagnés de notre fils Maxime, de la sœur de mon épouse avec son mari et ses deux enfants.

Entre l’aéroport international de Noi Bai et Hanoi, environ quarante kilomètres, nous découvrons un panorama pittoresque où s’élèvent en bord de route des maisons étroites tout en hauteur, tel des palais, avec balcons et terrasses ; seules les façades sont peintes avec des couleurs très vives. La circulation hétéroclite est importante et semble dangereuse. Les vélos chargés, les motos familiales de quatre personnes (parents et enfants) et les automobiles participent au concert de klaxons pendant le trajet.

Il faut emprunter le pont Chuong Duong, construit en 1983, pour traverser le fleuve rouge et entrer dans la capitale. L’ancien Pont Doumer, dans le style Eiffel, construit entre 1898 et 1902 par une entreprise française (Daydé et Pillé), sous l’impulsion du gouverneur de l’Indochine, Paul Doumer, a été rebaptisé Pont Long Bien depuis les festivités du millénaire de la ville de Hanoi qui ont eu lieu en 2010.

Notre hôtel, l’Hanoi Paradise Hôtel est dans la rue Hang Chieu (rue des nattes) ; une des 36 rues thématiques commerçantes de la vieille ville. Le quartier est très animé avec sa population typique qui vit dans la rue. Entre les échoppes, les paysans qui proposent leurs produits, les étals de légumes et de viandes et les motos garées, c’est un véritable marché, et les trottoirs sont inaccessibles pour les piétons. Il faut s’engager en bord de route pour ensuite traverser en se faufilant entre les voitures et les deux-roues qui se croisent. La circulation semble anarchique, mais tout cela est bien rythmé à condition de suivre le tempo car une hésitation au milieu de la rue peut produire un accident. Les taxis ont remplacé les cyclos que l’on retrouve seulement dans le centre d’Hanoi pour les touristes nostalgiques de ce mode de transport.

Une vendeuse de fleurs dans la rue d'Hanoi

Une vendeuse de fleurs dans la rue d’Hanoi

Le pays depuis son ouverture aux échanges économiques internationaux à la fin des années 80 (Doi Moi) s’est enrichi grâce à l’afflux de capitaux étrangers. Une différence sociale s’est créée au sein de la population. Il y a toujours des gens qui vivent simplement avec peu de revenus. Des femmes frêles, mais des paysannes solides, arpentent les rues chargées de fruits, de légumes ou de fleurs. À côté de cela, certains Vietnamiens se sont enrichis et se déplacent à bord de véhicules haut de gamme.

Le caractère vietnamien et l’ambiance générale ne peuvent que charmer le visiteur de ce pays en pleine évolution avec sa population courageuse et souriante. La famille, la santé, manger, avoir un toit sont toujours les valeurs essentielles.

Centre de Hanoi

Les jeunes mariés viennent se faire photographier et les amoureux s’assoient au bord du lac Hoan Kiem

Pour se déplacer à Hanoi le taxi est un moyen de locomotion très avantageux : pour environ 50 000 dongs on peut se déplacer d’un point à l’autre de la ville pour profiter des nombreux sites touristiques.

Le lac central Hoan Kiem, « l’épée restituée » est un endroit particulièrement agréable. Au XVe siècle, une tortue sortit du lac confia à l’empereur Le Loi une épée magique qui lui permit de vaincre l’ennemi chinois. Après sa victoire, il restitua l’épée à la tortue. Ce quartier colonial et touristique avec ses grandes artères est assez calme. Nous apprécions l’ombre et la fraîcheur des grands arbres qui bordent le lac. Les jeunes mariés y viennent se faire photographier et les amoureux s’assoient au bord de l’eau. Il faut emprunter un pont en bois rouge pour accéder à la pagode Ngoc Son sur une île au milieu du lac. Un moment de détente et de prière pour les Hanoïens dans ce havre de paix dont les premiers vestiges datent de 1225.

C’est également dans ce quartier que l’on y découvre l’Opéra édifié par l’administration coloniale française entre 1901 et 1910 dont son architecture est inspirée de l’Opéra Garnier de Paris. Le groupe musical français Indochine y donna un concert accompagné par l’orchestre philharmonique d’Hanoi en 2006. La promenade se termine en passant devant le luxueux Hôtel Sofitel Métropole, bâtiment français de 1901.

Le théâtre de marionnettes sur l’eau (Thang Long) propose un spectacle typique et unique qui raconte les légendes et histoires du Vietnam. Un groupe de musiciens l’accompagne en interprétant la musique traditionnelle vietnamienne. Dans la salle, les grandes jambes des Occidentaux sont un peu à l’étroit dans les fauteuils des spectateurs.

Le soir, assis devant l’hôtel, nous apprécions encore le spectacle de la rue avec ses derniers passants. Demain matin, le décor sera replanté, le voisin accrochera son enseigne « Pho » (soupe) et sortira ses petits tabourets et tables en plastique ; les jeunes filles sous leur chapeau de latanier reviendront vendre leurs fleurs de lotus et leurs fruits.

Aujourd’hui, c’est une journée particulière ; nous sommes invités chez la sœur de maman, la tata Them, dans le quartier familial de Ba Dinh, en passant par des ruelles où les touristes ne s’aventurent jamais. Ce sont les retrouvailles avec les cousins : Hai, le boucher, qui vend des têtes de cochons ; Hong, le cordonnier, qui récupère de vieilles chaussures qu’il répare ; et Zong l’aîné des cinq garçons, qui est veilleur de nuit. Nous sommes au cœur des origines vietnamiennes maternelles. C’est un moment de joie et d’émotion autour de bons plats préparés par les femmes : rouleaux de printemps, nems, poulet au gingembre, canard… Nous trinquons souvent « Súc Khôe » à la bière. Les échanges verbaux sont assez limités, mais cela n’empêche pas de se comprendre et de partager quelques mots dans une ambiance festive. Le déjeuner se termine autour d’une table entre hommes avec du café, du thé et des fruits exotiques ; les femmes se rassemblent dans une autre pièce et les enfants jouent aux cartes assis en tailleur sur un lit.

La découverte du tombeau des ancêtres

La découverte du tombeau des ancêtres

La découverte du tombeau des ancêtres (quatre générations) implanté sur une parcelle clôturée au milieu d’immeubles est un moment rare. La famille se réunit et une cérémonie s’improvise après avoir défriché les mauvaises herbes : encens et fruits sont disposés sur la pierre tombale pour que chacun s’y recueille.

La célèbre baie d’Halong, classée patrimoine mondial par l’Unesco en 1994

La célèbre baie d’Halong, classée patrimoine mondial par l’Unesco en 1994

En route pour la célèbre baie d’Halong, classée patrimoine mondial par l’Unesco en 1994. L’embarquement se fait à bord du Victory Star, la plus belle jonque de la baie avec une vingtaine de cabines. Le patron de ce superbe bateau est un retraité français qui a investi dans cette entreprise. Les chambres sont magnifiques avec un petit balcon extérieur. Une superbe douche à l’italienne permet de se rafraîchir en admirant le paysage au fil de l’eau. Après l’hôtel en plein cœur de la vie trépidante d’Hanoi, ce palace flottant nous invite à une croisière hors du temps.

En voguant dans le golfe du Tonkin, nous découvrons le labyrinthe formé par ses formidables rochers karstiques de plusieurs millénaires, avec plus de 1 000 îles et îlots sur une superficie d’environ 1 550 km2. Selon la légende, c’est un dragon qui aurait créé ce site exceptionnel en entaillant la montagne avec sa queue.

Un arrêt à proximité d’un village flottant nous fait découvrir Vung Vieng, loin du continent. Une ferme ostréicole permet l’élevage d’huîtres perlières. Depuis que les pêcheurs travaillent en coopération avec les compagnies maritimes et le tourisme, une école a pu se construire dans ce lieu perdu.

Le soir, bénéficiant d’un éclairage particulier laissé par le coucher de soleil, nous nous laissons bercés par les flots jusqu’à la nuit.

À 5 h, sur le pont supérieur, nous admirons le lever du jour et le paysage devient crépusculaire après l’ondée matinale. Nous avons l’impression d’être au bout du monde au milieu de nulle part entre le ciel et la mer.

La visite de l’immense grotte Hang Sung Sot (grotte des surprises), située sur l’île Bo Hon, s’impose. Un escalier de 146 marches jusqu’à son entrée nous élève à 25 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle s’étend sur 10 000 m2 avec une hauteur de plafond de 50 mètres. Un jeu d’éclairage met en valeur les milliers de stalactites et stalagmites. Il faut redescendre 150 marches après les 500 mètres de promenade.

Promenade en barque sur la « baie d’Halong terrestre »

Promenade en barque sur la « baie d’Halong terrestre »

Dans la province de Ninh Binh au sud de Hanoi, à côté de la petite ville de Hoa Lu, ancienne capitale du Vietnam, nous découvrons Tam Coc, la « baie d’Halong terrestre ». Une promenade en barque nous entraîne au milieu des rizières avec les pêcheurs d’escargots qui participent au paysage et les chèvres qui s’évertuent à brouter sur les pitons rocheux. Ces dernières sont proposées sous forme de brochettes dans les restaurants. Nous remarquons que les jeunes filles qui rament ont des chemises qui couvrent leurs mains pour les protéger du soleil, comme les coquettes d’Hanoi en motocyclette qui portent parfois des gants.

Une réunion entre famille

Une réunion entre famille

Nous fêtons les 80 ans de maman chez sa sœur. Toute la famille est de nouveau réunie pour lui souhaiter une bonne santé (Manh Khôe). On trinque à la bière ou au Coca en passant à table pour déguster les nombreux plats accompagnés de nioc man avant d’apprécier le dessert, un gros gâteau garni de nombreuses bougies que maman éteindra d’un souffle. C’est encore un moment de joie, de partage et d’émotion ; surtout quand le cousin Hai se penche sur les liens familiaux. Sa voix s’adoucit : il parle du même sang qui coule dans leurs veines, de la distance qui les sépare. C’est un poète qui a l’art de nous sensibiliser : les gorges se resserrent et les larmes retenues se déversent. Heureusement le cousin Hong revient nous servir (Súc Khôe).

Temple de la littérature (Van Mieu)

Visite du temple de la littérature (Van Mieu)

À Hanoi, après les avenues bruyantes, c’est très reposant de se promener le long des frangipaniers et des bassins fleuris de lotus en découvrant le temple de la littérature (Van Mieu) dédié à Confucius, considéré comme l’un des joyaux de la ville. Sa construction remonte à 1076. Les enfants des mandarins y faisaient leurs études ; les noms des diplômés sont gravés sur des stèles de pierre en forme de tortue.

A Cat Ba, Hai Phong

A Cat Ba, Hai Phong

Au port de Haiphong nous embarquons dans un hydroglisseur pour Cat Ba, île de 354 km2 (la plus grande de la baie d’Halong) à 45 kilomètres du continent. Le système de ce bateau est particulier : à deux reprises pendant la traversée, les passagers de l’avant doivent quitter leur place et gagner l’arrière pour que le navire, après une marche arrière, puisse s’élancer et reprendre son parcours.

Dans le centre-ville de drôles de créatures reposent dans un aquarium devant un restaurant : des limures, animaux préhistoriques marins plus proches de l’araignée et du scorpion que du crabe. Une espèce d’Alien, pleine de pattes, avec une longue queue, sous un casque ; effrayant. C’est une spécialité locale à déguster…

Des chants vietnamiens d’une soirée karaoké accompagnent la soirée que nous passons tranquillement dans la chambre de l’hôtel avec une boîte de sardines à la tomate d’Hanoi et une bouteille de vin de Dalat.

La principale attraction de l’île est la visite du parc national, mais la tempête se lève et un déluge d’eau s’abat. Nous restons dans nos chambres à admirer l’orage au-dessus de la mer. À défaut d’aller voir les singes à face blanche et autres animaux dans la forêt tropicale du parc national plein de moustiques et de sangsues, le SPA de l’hôtel propose des massages vietnamiens. Les jeunes filles frêles ont une sacrée poigne. Entre douceur et fermeté — le froid et le chaud, le yin et le yang — l’esprit vietnamien est présent. Nous en sortons revigorés, plein d’énergie. On finit la soirée au balcon de la chambre en cherchant les éclairs à l’horizon.

lac de l'ouest, beignet de crevette

Dégustation du Banh Tom (beignets de crevettes) au bord du lac de l’Ouest

À Hanoi nous retrouvons maman chez tata Trin. C’est son fils, le cousin Nam, qui nous reçoit avec sa femme ; nous partagerons leur étage avec leur unique fille de dix-huit ans, Van Anh, qui a la gentillesse de nous laisser sa chambre.

Le cousin nous emmène au lac Ho Tay. Après les prières à la pagode, suivant la tradition, nous allons manger des Banh Tom (beignets de crevettes) avec du nuoc man.

rencontre familiale

Chez tata Nhung

Nous sommes invités chez tata Nhung. Cette dame âgée de 91 ans, d’origine vietnamienne à la nationalité française. Nous l’avons connue en France ou elle y a vécu environ soixante ans. Depuis plus de deux ans elle s’est installée à Hanoi avec une partie de sa famille qu’elle a retrouvée. Elle avait fait construire une superbe maison en 1989 sur un terrain acheté en 1974 pour un prix dérisoire. Elle est ravie de nous revoir et nous a préparé d’excellents plats. Elle a été très malade dernièrement et verse une larme de nostalgie en repensant à la France.

La peinture représentant le grand-père de maman

La peinture représentant le grand-père de maman

Avant notre retour pour la France, nous rendons visite à un membre de la famille et y faisons une véritable découverte : un tableau très ancien, une peinture représentant le grand-père de maman, est accroché au mur au-dessus de l’autel des ancêtres.

C’est l’heure du départ, une bonne vingtaine de personnes sont présentes dans la cour. Les adieux sont rapides et très émouvants. Nous embarquons dans un minibus avec une partie des membres de la famille qui veulent nous accompagner jusqu’à l’aéroport. En traversant Hanoi, sa circulation, ses personnages, nous avons comme une boule dans la gorge. Les cousins avec leur femme et enfants ont mis leur tenue de sortie. Comme ils n’ont pas de voiture ils découvrent avec nous, en famille, la vie nocturne d’Hanoi. Nous avons l’impression de les emmener avec nous jusqu’en France, car nous laissons ce soir un peu de notre âme ici.

C’est l’heure du départ

C’est l’heure du départ

Le chauffeur de taxi qui nous ramène jusqu’à notre domicile est d’origine vietnamienne… Paris est désert. Notre rue est trop calme.

Et j’écris cette chanson :

 https://www.youtube.com/watch?v=7g3Ozu0IG_4

À Hanoi

C’est la plus belle de l’Asie
Presque irréelle me séduit
Pris dans sa toile mystérieuse
Elle se dévoile merveilleuse

Et je reviens et je me perds
Du lac Hoan Kiem aux 36 rues
Pour enfin se retrouver
À Hanoi

C’est la plus belle de l’Asie
Elle m’ensorcelle me saisit
Elle pose une fleur de lotus
Sur mon pauvre cœur de cactus

C’est la plus belle de l’Asie
Éternelle me sourit
C’est une dame millénaire
Une belle âme, elle en est fière

C’est la plus belle de l’Asie
Presque irréelle me séduit
Pris dans sa toile mystérieuse
Elle se dévoile merveilleuse

 Pascal