Victor Vandame est un Français d’origine vietnamienne, qui a passé quelques mois en notre compagnie en tant que stagiaire. Il est surtout venu au Vietnam pour une raison personnelle, remplie de sens. Ses parents et lui, ont accepté de livrer leur récit. Et nous les remercions pour cela !

Comment es-tu rentré en contact avec Amica et pourquoi as-tu décidé de faire ton stage au Vietnam ?

C’était en 2007, grâce à mes parents. Ils font partie des premiers voyageurs d’Amica. Ma mère est membre de l’association « Les Grains de Riz » et est aussi la trésorière de l’association « Espoir Asie », qui travaille depuis dix ans avec Amica, pour le parrainage et le soutien d’enfants défavorisés de la province de Bac Giang.

Lorsque j’ai eu 10 ans, je suis retourné dans le pays qui m’a vu naître et c’était avec Amica. J’étais avec mes parents, ma sœur ainsi que d’autres amis qui ont eu la même histoire que moi. Mais à l’époque, j’étais encore trop jeune et je ne réalisais pas vraiment ce qui m’arrivait. Pour moi, c’était juste des vacances avec mes copains au Vietnam.

J’ai eu la chance de pouvoir faire un stage au sein de cette agence, durant quatre mois. Ce n’est pas moi qui avait fait la démarche, mais Amica même, qui m’a proposé de m’accueillir en stage d’études. Cela tombait bien car je voulais faire mon stage de fin d’année scolaire à l’étranger et relever le challenge qui était de vivre une expérience d’expatriation de courte durée, loin des amis et de la famille.

C’est dans ce contexte que ma famille et moi, avions décidé de réaliser un nouveau voyage au Vietnam afin d’essayer de retrouver nos familles biologiques pour ma sœur et moi-même. Je suis donc un enfant adopté venu chercher mes parents biologiques. Ainsi, l’opportunité de faire mon stage et de voyager avec l’agence dans laquelle j’effectuais ma mission temporaire, sonnait comme une évidence.

Qu’as-tu appris de ton voyage au Vietnam ? Quelles sont les choses qui t’ont étonné le plus ?

C’est la troisième fois que je viens visiter le Vietnam, pratiquement 5 à 6 ans d’écart à chaque fois. Avec Amica, même si mes parents dessinaient eux-mêmes leur circuit, l’organisation sur place s’est toujours très bien déroulée. Mon regard sur le Vietnam a évidemment évolué au fil des années. D’un regard enfantin à celui d’un jeune adulte, j’ai pu constater l’évolution du Vietnam et notamment ces nouvelles constructions un peu de partout, dans chaque ville et dans chaque village. Le développement urbain est vraiment impressionnant et rapide. Les infrastructures routières connaissent un essor gigantesque.

Ce qui m’a le plus interloqué, c’est l’avènement du tourisme de masse. Hoi An, Sapa, la baie d’Ha Long, ces endroits autrefois authentiques, perdent peu à peu de leur charme et deviennent des usines à touristes. J’ai aussi constaté qu’il y a de plus en plus de touristes asiatiques qui visitent ce beau pays. Heureusement, qu’il y a aussi une autre forme de tourisme que j’ai particulièrement apprécié : les randonnées pédestres dans le Nord, à travers les rizières, les bois, ces paysages magnifiques, avec des nuits chez l’habitant, nous ont permis de faire de très belles rencontres.

victor vandame enfant adopté

J’ai profité de ce stage pour voyager un peu à travers le Vietnam.

Revenons à ton histoire qui est particulière, pourrais-tu nous en dire plus ?

J’ai été adopté alors que je n’avais que quelques semaines. Mes parents adoptifs ont toujours été très clairs sur l’histoire de ma naissance. Dans mon dossier d’adoption, il était écrit que j’étais né de père inconnu et que j’avais peut-être un grand frère. Ma mère était jeune (27 ans) et n’avait pas assez d’argent pour s’occuper d’un deuxième enfant. Ayant la peau un peu foncée, l’hypothèse était que mon père pouvait être cambodgien.

Mais lors de notre rencontre, nous avons appris que j’étais sans doute l’objet d’un gros mensonge familial.

Comment as-tu été adopté ?

Mes parents qui désiraient adopter plusieurs enfants, galéraient depuis des années avec les exigences de différents pays au travers des avocats qui les représentaient. Par « miracle », le Vietnam, à cette époque, était un des rares pays qui acceptait que des personnes puissent venir seules dans leur pays et faire elles-mêmes leurs démarches et recherches. Il suffisait de constituer un dossier assez complexe tout de même, demandé par les autorités vietnamiennes, de se présenter à l’ambassade de France à son arrivée à Saïgon ou Hanoï. Puis l’ambassade vous remettait la liste des orphelinats, hôpitaux et vous deviez vous débrouiller. C’est-à-dire faire vos propres recherches et si un de ces lieux vous proposait un enfant à l’adoption, il fallait le faire savoir à l’ambassade et alors, la procédure d’adoption pouvait commencer.

C’est comme ça que ma maman lors d’une visite à l’hôpital Pasteur de Saïgon, s’est vu proposer un petit garçon de 30 jours qui n’était autre que moi. Il était obligatoire de me faire pratiquer un bilan de santé afin d’obtenir un certificat justifiant ma bonne santé, permettant ainsi l’adoption. Le médecin de l’hôpital a établi ce certificat. Il a été précisé à ma mère, que cette maman biologique avait déjà un petit garçon de deux ans, et qu’elle travailla déjà sans relâche pour rembourser ses frais médicaux. La solution pour elle, était de donner son bébé à l’adoption à une famille française qu’elle souhaitait rencontrer.

J’étais un bébé qui pleurait tout le temps, qui s’endormait d’épuisement et se réveillait au bout d’une heure et cela durant ces quatre premiers mois au Vietnam. C’était le temps pour que l’ensemble de mon dossier d’adoption soit édité et validé par l’administration vietnamienne. L’hôpital, où ma mère m’emmenait régulièrement disait autour d’elle « c’est un bébé adopté, c’est normal ». Mais ma mère voyait bien que non, les autres bébés ne pleuraient pas.

De retour en France, les médecins ont constaté que j’avais en réalité un problème de santé, qui demandait une surveillance quotidienne, accompagnée d’un traitement. Cela a nécessité une opération importante l’année de mes trois ans (c’est une longue histoire à raconter).

Tout cela pour dire, que ma mère biologique a fait en réalité un acte d’amour, en me proposant à l’adoption car c’est ce qui m’a sauvé la vie. Les médecins en France ont dit à mes parents, que si j’étais resté au Vietnam, je n’aurais pas survécu jusqu’à l’âge de mes trois ans. Je suis comme on le disait à cette époque un « lucky baby ».

Raconte-nous ce fameux moment où tu as rencontré ta maman biologique, quel est a été le cheminement pour pouvoir la retrouver ? 

Sincèrement, je ne ressentais pas de désir particulier de retrouver ma famille biologique. Ma sœur, elle aussi adoptée voulait entamer des recherches pour retrouver ses parents biologiques. C’est sa motivation, qui m’a décidé de franchir ce pas et d’entamer des recherches des deux côtés. Finalement, c’est moi qui a eu plus de chance. Nous avons fait appel à un « enquêteur » et en lui donnant des informations recueillies à l’époque et nous avons obtenu des réponses. Grace aux dotations de la Fondation Amica, nous avons pu organiser une rencontre et un repas dès le lendemain, notamment grace à Thu Ha d’Amica Saïgon.

Comme je le disais plus haut, j’ai été l’objet d’un mensonge planifié par mes parents biologiques. Tout d’abord, j’avais été mis à l’adoption car ils ne pouvaient pas assurer financièrement, mes problèmes de santé dès ma naissance. Mon père est bien vietnamien. Je n’ai jamais eu de grand frère. Mais j’ai appris le jour de notre rencontre que j’avais une petite sœur et que c’était ses 17 ans ce jour-là. J’ai appris que j’avais plein de cousins, d’oncles et de tantes. Enfin, ma mère biologique avait quatre sœurs et frères et mon père biologique est le neuvième d’une famille de onze enfants !

Victor et ses deux soeurs : à droite sa soeur biologique dont il ignorait son existence et à gauche sa soeur, elle aussi adoptée.

Toute la famille était sous le choc d’apprendre mon existence car, pour mes parents, ils considéraient que mettre leur premier enfant à l’adoption était une honte et ont préféré leur dire que j’étais mort quelques jours après ma naissance.

Je suis quelqu’un qui n’exprime pas facilement ses sentiments, qui intériorise beaucoup. Mais maintenant, avec du recul, je pense que j’étais absorbé par l’ampleur de la conscience qu’a pu avoir mon adoption au sein de ma famille biologique plutôt que l’émerveillement de la rencontre. Mais bien entendu, je suis bien sûr content d’avoir retrouvé ma famille biologique.

Reviendras-tu au Vietnam ?

Oui, sans hésiter. J’ai beau avoir vu beaucoup de choses mais ce n’est jamais assez. Encore plus maintenant avec les retrouvailles de ma famille biologique. Je pense qu’à la fin de mes études, je reviendrai travailler quelques temps en tant qu’expatrié. Mais dans toute cette histoire, j’ai hérité de la double nationalité franco-vietnamienne grâce à mes quatre parents et je compte vraiment en profiter.

victor vandame enfant adopté

Avec mes quatre parents. J’ai hérité d’eux d’une double nationalité franco-vietnamienne.

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