Ethnie

Les Hmông de Guyane

Ils sont bien moins connus que les Harkis venus d’Algérie et pourtant leur destin est assez proche. Les Hmông d’Indochine ont eux aussi connu l’exil forcé, parfois jusqu’à l’autre bout du monde. Et parmi les terres lointaines d’accueil, certains ont choisi la Guyane française. Retour sur l’origine de cette implantation. 

L’arrivée des premiers Hmông en Guyane

Les Hmông sont originaires des régions montagneuses du sud de la Chine, leur histoire est jalonnée de conflits et de migrations. Au fil des siècles, en raison de pressions démographiques, de conflits avec l’Empire chinois et de la recherche de nouvelles terres cultivables, ils ont migré vers le sud, s’établissant principalement dans les régions montagneuses du nord du Vietnam et du Laos. Au cours du XXe siècle, des Hmông se sont associés de gré ou de force aux armées françaises puis américaines. Mais lorsque les communistes prennent le pouvoir dans la péninsule en 1975, tous les Hmông sont considérés comme des traîtres alors que certains clans étaient du côté communiste.

Plusieurs centaines de milliers d’entre eux doivent alors fuir le Vietnam et le Laos pour se réfugier dans des camps en Thaïlande. L’ONU leur reconnaît le statut de réfugié. Parmi les pays occidentaux, la France et les États-Unis proposent d’accueillir certains d’entre eux en reconnaissance de leur engagement durant les guerres. Pour un millier de ces réfugiés, la destination sera le département français d’outre-mer, la Guyane.

Combattants hmông anti-communistes durant la guerre civile laotienne (1953-1975) par Kenneth Conboy.

Une installation encouragée par le gouvernement français

Les Hmông de Guyane sont d’abord tributaires des directives gouvernementales en matière de production agricole. En effet, les Hmông sont déjà connus pour être des montagnards aguerris et des agriculteurs hors-pairs, pouvant développer des cultures en milieu difficile, souvent en terrasses, démontrant ainsi une résilience à tirer parti de terres pourtant peu fertiles. Olivier Stirn, secrétaire d’État aux DOM-TOM sous la présidence de François Mitterand élabore alors un Plan vert afin de dynamiser une agriculture guyanaise, face à l’afflux massifs de migrants venus d’autres régions voisines, touchées par les turbulences politiques et économiques (Haïtiens et Surinamiens notamment). Les cent premières familles hmông quant à elles, débarquent à Cayenne le 4 septembre 1977. 

Portrait d’une femme hmông et de son enfant au village de Cacao en Guyane. Photo : Marie-Odile Géraud.

Des maraîchers hors pair

En raison de similitudes avec leur environnement chinois d’origine, en termes de climat et d’environnement, et afin d’encourager la riziculture, les Hmông sont envoyés à 75km au sud de Cayenne, à Cacao, un ancien bagne et site d’orpaillage au milieu de la forêt amazonienne. Ce que l’on sait moins, c’est que ces Hmông sont expédiés cachés de nuit, en camions bâchés en raison du risque d’un accueil hostile de la population guyanaise de l’époque.

Si le développement de la riziculture est vite abandonné à cause d’une nécessité de lourds investissements, les Hmông vont déboiser, construire des routes et des maisons et développer rapidement une lucrative activité de maraîchage et d’arboriculture sur place. D’abord en autosuffisance (atteinte au bout de deux ans seulement), la production hmông produit aujourd’hui près de 70% des besoins en fruits et légumes du département, dont certaines semences de variétés ont été directement importées depuis leurs régions d’origine.

Aujourd’hui, on estime à environ 2000 Hmông installés en Guyane, principalement dans les villages de Cacao et de Javouhey, où les traditions culturelles ont été préservées et leurs activités se sont diversifiées (tissage, restauration et tourisme notamment). Mais à l’instar des minorités ethniques en Indochine, les jeunes quittent de plus en plus ces villages pour partir dans les grandes villes, afin d’aspirer à une meilleure vie en s’éloignant d’une vie agricole traditionnelle villageoise qui ne correspond plus aux attentes d’une jeunesse moderne et occidentalisée. Autre défi de taille : le changement climatique et les conséquences d’une pratique d’une agriculture intensive appauvrissent les sols, abaissant ainsi les rendements agricoles.

Séance photo lors du Nouvel An hmông à Cacao. Le village est désormais prisé des visiteurs de passage en Guyane. Photo : Marie-Odile Géraud, 1992.

Pour aller plus loin

Regards sur les Hmông de Guyane française: Les détours d’une tradition de Marie-Odile Géraud qui a mené un travail émaillé de nombreux témoignages recueillis auprès des Hmông de Guyane.

Regards sur les Hmong de Guyane française : Les détours d’une tradition de Marie-Odile Géraud.

La présence hmông en Guyane française témoigne ainsi de leur résilience et de leur capacité d’adaptation, au fil des générations et d’une histoire migratoire mouvementée. Elle démontre comment une communauté de réfugiés peut non seulement survivre, mais aussi contribuer de manière significative à son nouveau territoire d’implantation. Citée comme un exemple réussi d’intégration de réfugiés, la communauté hmông de Guyane doit aujourd’hui faire face à de nouveaux défis d’ordre économique et environnemental. 

Portrait d’une Hmông fleur de Bac Ha au Vietnam. Peinture de The Anh.

Photo bannière : Une maison du village de Cacao en Guyane, dessin de Mari Night.

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Quoc Anh

Voyageur sans frontières

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Publié par
Quoc Anh
Pays : FranceLaos