Le Laos tient son identité historique et culturelle du royaume de Lan Xang Hom Khao, le royaume du Million d’Éléphants et du Parasol Blanc, qui prospère de 1353 à 1707, en ces temps-là, l’un des plus larges d’Asie du Sud-Est.
Le Lan Xang : du règne de Fa Ngum à l’éclatement du royaume
À son apogée (du XVe au XVIIe siècle), ce vaste territoire se compose d’une grande partie de l’actuel Laos, ainsi que des zones aujourd’hui situées en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam. Le Lan Xang est fondé en 1353 par Fa Ngum, prince lao élevé à la cour khmère, qui avec l’appui militaire d’Angkor, unifie plusieurs principautés de la vallée du Mékong pour établir sa capitale à Luang Prabang, autrefois appelée Muang Sua. Cette monarchie joue dès lors un rôle stratégique entre le royaume d’Ayutthaya (Siam), la Birmanie, le Dai Viet vietnamien, et l’univers khmer. Son âge d’or culmine sous le règne du roi Sourigna Vongsa au XVIIe siècle, puis se fragilise progressivement après sa disparition, pour se diviser en plusieurs principautés rivales dont Luang Prabang, Vientiane et Champassak, une division qui favorisera par la suite l’invasion siamoise.
Patrimoine religieux et traditions héritées du royaume
Bien que disparu politiquement, le Lan Xang demeure omniprésent dans l’identité nationale lao, et se rapporte à un âge fondateur d’unité, de souveraineté et de rayonnement culturel face aux puissances voisines. Le bouddhisme Theravada, jadis religion d’État, et pilier spirituel et politique du royaume, reste aujourd’hui la religion dominante bien que le pays soit officiellement laïque depuis 1975. Les traditions royales et monastiques héritées du royaume structurent encore la culture actuelle, et le patrimoine qui en est issu s’observe encore dans les cités historiques, comme :
- Le Wat Xieng Thong à Luang Prabang, chef-d’œuvre de l’architecture religieuse lao.
- Le Pha That Luang de Vientiane, ce grand stupa doré reconstruit au XVIe siècle sous le roi Setthathirath, symbole national.
- Ou encore le Boun Pi Mai, le nouvel an lao, la fête la plus populaire du pays.
L’éléphant, naguère emblème de puissance militaire, et de prestige royal, reste une figure nationale forte, malgré un déclin moderne de sa population, qui amène à présent le nombre d’individus à l’état sauvage à quelques centaines, tout au plus.

Les éléphants, Alix Aymé, 1930, huile sur toile
Préserver l’héritage du “Royaume du Million d’Éléphants”
De nos jours, une dizaine de sanctuaires ou centres de conservation actifs sont présents sur le territoire, chacun avec sa propre éthique. Le plus notable d’entre eux est le Centre de Conservation d’Éléphants de Sayaboury (supporté par l’ONG ElefantAsia) région historiquement associée à la culture du mammifère, où s’étire sur 1912 km² le parc national du Nam Phouy NBCA, composé de forêts mixtes à feuilles caduques, de forêts secondaires, de quelques parcelles de forêts primaires et de forêts de bambous, secteur majoritairement habité par des Lao Lum et des Hmông.
Le Centre de Conservation des Éléphants de Sayaboury
Initialement fondé en 2001 autour d’un programme vétérinaire et de soins destinés aux éléphants exploités par l’industrie forestière, le centre situé dans la province de Xaignabouli (Sayaboury), élargit progressivement ses missions vers une approche globale et devient le premier hôpital dédié au géant gris du Laos. Ses missions centrées sur le traitement, la réhabilitation et le suivi sanitaire de vingt-sept résidents sont concomitantes à des programmes de reproduction pour soutenir la diversité génétique. Le centre insuffle aussi des initiatives de protection des écosystèmes forestiers, essentiels à la survie des spécimens à l’état sauvage, via des projets de reforestation, de gestion durable des ressources naturelles et de réduction des conflits entre humains et éléphants. En outre, sont menées des actions d’éducation environnementale auprès des écoles, des communautés rurales et des visiteurs afin de sensibiliser aux enjeux de biodiversité, de déforestation et de coexistence avec la faune sauvage. Des formations sur les pratiques plus durables sont dispensées aux communautés avoisinantes du parc et aux cornacs.

Les “ongles” kératinisés d’un éléphant du centre
Pour des voyageurs sensibles à la thématique, des séjours à durée variable permettent de rencontrer les soigneurs et mahouts afin de se familiariser avec les missions du centre. Dans le champ des possibles : visite de l’hôpital vétérinaire pour échanger sur la biologie et les soins apportés, participation au nourrissage, visite de la nurserie où les éléphanteaux réalisent leur premier pas, marche en forêt aux côtés des colosses et observation de leurs bains quotidiens au couchant, dans un cadre lacustre propice au ressourcement.
Le Mekong Elephant Park de Pakbeng
En complément, il est de bon aloi de mentionner le Mekong Elephant Park à Pakbeng, dans la province d’Oudomxay, secteur situé au confluent de la rivière Nam Beng et du fleuve Mékong, autrefois uniquement accessible par voie fluviale, où l’officier de marine Francis Garnier fait étape le 30 mai 1866 lors de sa célèbre mission d’exploration du Mékong.

Caravane commerciale probablement vers le pourtour de Pakbeng, en 1880
Ce parc à taille humaine dirigé par la Cannoise Wendy Legatt allie finalité environnementale et ambition économique et sociale, en coopération avec Sayaboury, tout en offrant un regard éclairé sur l’importance de la lutte pour la préservation des éléphants d’Asie. Tous les fonds récoltés grâce aux visites et aux dons contribuent à la sauvegarde des pachydermes secourus, et assurent un salaire décent à leurs cornacs.

Un éléphant et son cornac au Mekong Elephant Park
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