Mondulkiri (Monthol Khiri, littéralement le Centre des Montagnes), l’une des dernières régions sauvages, (il y’a peu l’une des plus reculés) du Cambodge, allie paysages de plateaux basaltiques, forêts luxuriantes et cultures autochtones, tout en abritant une biodiversité exceptionnelle au cœur des hauts-plateaux indochinois.
Entre le plateau du Yok Laych et les frontières naturelles

À l’ouest le lac du Tonlé Sap, au nord les 4000 Îles, à l’est la province du Mondulkiri
Située dans le sud des hauts-plateaux, vaste zone s’étendant entre le Sud Laos, le Centre Vietnam et l’est du Cambodge, Mondulkiri se compose d’un entrelacs de plateaux basaltiques, de collines, de savanes, de marais, de forêts clairières et de jungles denses sur terres rouges.
- Vers le nord, Mondulkiri est frontalier avec la province de Ratanakiri, vers l’ouest, par celle de Kratié et de Stung Sen, et à l’est et au sud, par la frontière vietnamienne.
- Sur sa façade occidentale, la région se caractérise par des pénéplaines bordant le Mékong, des espaces souvent recouverts de forêts clairières, au nord par la vallée de la Srépok, zone recouverte de savanes et de forêts clairières.
- En son centre et sud-est le territoire s’élève sur les flancs nord du plateau du Yok Laych, vaste dôme bossué constitué d’un ensemble de mamelons couverts de prairies-steppes et de bosquets, aux vallées boisées et encaissées. Les légendes mnông racontent que la mer recouvrait autrefois cette région et que les buttes du plateau sont les vagues restées figées pour l’éternité.
- Le sud du Mondulkiri s’élève vers le nord et centre du plateau Yok Laych, région naguère nommée Toit de l’Indochine ou Plateau des Herbes, il sépare les affluents du Mékong de ceux des grands fleuves du Sud Vietnam (Song Be et Dong Nai).
Les principaux sommets de la région sont les Yuk Tou Gourr (932 m), le Phnum Chrinh (715 m), le Phnum Goun Djya (727 m) et le Phnum Lier (1078 m). Ces hauteurs alimentent une myriade de cours tortueux coupés de chutes comme celle de Bou Sraa, les plus notables étant les Dak Dana, Dak Deurr, Prek Chhlong et Dak Lok, elles affluent soit vers le nord et la Srepok soit vers l’ouest et le sud-ouest en direction du Mékong.
Les populations de Mondulkiri : chasseurs, agriculteurs et résistants
Mondulkiri est le pays de groupes ethniques d’origine austronésienne et austroasiatique : Mnông, Tampua, Kraol, Cham et Stieng, paysans de la forêt, ces derniers vivent dans sa crainte et dans celle des génies, leur vie s’organise autour de cycles agraires liés aux moussons, ils pratiquent la technique de l’essartage ou du brûlis, la cueillette, sont d’habiles pisteurs et chasseurs.

Un mahout mnong
Durant l’époque khmère rouge, ils sont concernés par les programmes d’épuration ethnique et doivent parfois se terrer dans le fond de leurs jungles pour échapper au régime de Pol Pot. Désormais ils vivent en lisière de jungle ou le long de pistes, dans des demeures khmérisées ou traditionnelles, maisonnées basses aux longs toits de chaume. Dans la région, les Mnông (Phnong, Punong, Pnong ou Bunong) constituent le groupe ethnique majoritaire, pour un nombre de quarante et une mille âmes, et deux cent mille au Vietnam. Le centre du pays mnông s’étend jadis sur le sud-est du Mondulkiri et sur l’ouest du centre-sud du Vietnam. L’histoire retiendra la grande révolte des Mnông menée contre l’administration coloniale française au début du XXe siècle. Durant la guerre du Vietnam, Mondulkiri est un fief khmer rouge, ses étendues sont régulièrement bombardées par les B-52.
La réserve de Keo Seima, entre langurs, gibbons et tigres évanescents
Au sud de Mondulkiri, non loin de la province de Kratié, se situe la réserve de Keo Seima, un sanctuaire de biodiversité d’une importance mondiale. Ce secteur classé en 2002, qui s’étale sur près de trois mille hectares, culmine entre soixante et sept cent cinquante mètres. Il est formé de pénéplaines et de collines, de petites vallées, de marais saisonniers où méandrent de nombreux cours verdâtres, et de forêts mixtes où s’épanouit discrètement un total de neuf cent cinquante-neuf espèces de plantes, de champignons, pour trois cent cinquante-six espèces d’oiseaux enregistrées, un record au Cambodge.
On y dénombre aussi sept espèces de primates localisées dans l’aire protégée, dont :
- Le langur duc à queue noire (Pygathrix namaeus),
- Le gibbon à crête à joues jaunes (Hylobates gabriellae),
- Le cerf d’Eld (cervus eldii),
- Le cerf sambar (Rusa unicolor),
- Le banteng (Bos javanicus ou tembadau) et le gaur (Bos gaurus).
À y signaler également :
- La chauve-souris laineuse de Titania (Kerivoula titania),
- La chauve-souris à pattes épaisses d’Indochine (Glischropus bucephalus),
- La grenouille à cornes d’O’Reang (Ophryophryne synoria),
- La grenouille de Mouhot (Leptobrachium mouhoti),
- La vipère verte aux yeux rouges (Trimeresurus rubeus),
- La perdrix à cou orange,
- Le paon vert,
- Le canard à ailes blanches,
- Le grand calao,
- Le vautour,
- L’ibis,
- La grue de sarus
- Et le paon vert.
Le tigre y est repéré pour la dernière fois en 2006.

Gibbon à joues jaunes, National Geographic, Joel Sartore
Le projet communautaire Jahoo Gibbon Camp
Depuis 2014, un projet supporté par le Département de l’Environnement cambodgien, le World Hope International et le Wildlife Conservation Society a vu le jour au sein de la réserve de Keo Seima : le Jahoo Gibbon Camp. Sa mission : offrir aux visiteurs une expérience incomparable d’observation de spécimens menacés – avec en figure de proue le gibbon à crête à joues jaunes et le langur douc – afin d’inciter des actions de conservation et promouvoir la culture Mnông. Une initiative sociale dédiée à ces communautés marginalisées, qui leur fournit un travail en harmonie (et non en conflit) avec l’environnement, en opposition à l’exploitation forestière et à la chasse d’espèces protégées, moyen de subsistance bien souvent choisi par facilité. Cette alternative renoue finalement les Mnông à leur forêt et sa faune en tant que source de revenus et de fierté.
Comment explorer la région

Doyen mnong
Idéalement de novembre à mai, exploration de ce vivier majeur de biodiversité en compagnie d’un guide zoologiste directement impliqué dans la formation des gardes forestiers Mnông. Cette expérience immersive invite à suivre le chant troublant de rares primates et espèces aviaires qui s’agitent dans la canopée, et pour les chanceux, à observer diverses empreintes d’éléphants d’Asie et de griffures d’ours malais. Pour les plus aventureux, safari nocturne à la lampe frontale en quête de rencontre sauvage. Une occasion aussi de se délasser au bord de splendides cascades isolées, et de partager des spécialités qui subliment le savoir-faire khmer et mnông au sein d’une ferme communautaire, à l’écoute des contes et légendes alimentant le folklore local.
