Qu’est ce qui donne “l’air asiatique” ? Beaucoup d’entre-vous évoqueront la forme des yeux ! Laissant de côté, les interprétations farfelues et plongeons dans les chemins passionnants de l’évolution de la morphologie et de la génétique.

Une particularité physique

“Bridés”, “en amande”, “de chat”, les yeux asiatiques ont beaucoup de surnoms et ont toujours alimenté les récits de l’imagerie populaire sur les Asiatiques de l’Est et du Sud-est. Mais quelles sont les spécificités ? Selon les scientifiques, les yeux bridés comportent une petite masse de graisse formée au niveau de la paupière. Cette dernière masque derrière elle le pli épicanthique (du grec kanthos ou canthique), situé entre l’arcade et la paupière. Le pli se confond ainsi avec la ligne des cils et son point de départ se trouve sur les côtés du nez.

Si la paupière se révèle ainsi être différente, le globe oculaire et la vision restent les mêmes chez tous les êtres humains. Il est aussi intéressant à savoir que la plupart des êtres humains possèdent ce pli supplémentaire lorsqu’ils sont dans l’utérus. Beaucoup de nourrissons extra-asiatiques naissent avec un léger pli épicanthique qui disparaît naturellement lorsque l’arête du nez se forme et “tend” la peau du visage.

bouddha yeux bridés

Les yeux bridés font partie de l’imagerie populaire, religieuse et symbolique de l’Asie orientale.

Les origines métérologiques

La plupart des scientifiques s’accordent sur le fait que la bride mongolienne (dénomination correcte du terme « yeux bridés »), trouve son origine lors de la dernière grande glaciation, qui s’est étalée entre 110 000 et 10 000 ans avant notre ère. En effet, à cette époque, des peuples venus de l’Ouest migrent vers l’Asie de l’Est et rencontrent des conditions extrêmes sévissant dans les plaines, steppes et déserts immenses d’Asie centrale et de Sibérie.

Selon la théorie évolutive, ce pli résulte d’une adaptation biologique de protection contre le climat. D’abord contre le froid car le pli est souvent accompagné d’une couche de graisse plus épaisse sous la paupière. Cela permettait d’isoler l’œil du froid intense et du vent glacial. Et contre la réverbération, car en rétrécissant légèrement l’ouverture de l’œil, ce pli protégeait la rétine de l’éblouissement provoqué par la réflexion du soleil sur la neige, la glace ou le sable. Ce climat reste particulièrement rigoureux durant l’hiver dans ces régions allant de l’Asie centrale et de Sibérie, jusqu’au Nord de la Chine, en Corée et sur l’île d’Hokkaïdo au Japon.

yeux bridés neige hommes préhistoriques

Ce sont durant les migrations préhistoriques des grandes glaciations que cette particularité physique serait progressivement apparue. Dessin de Mats Vänehem.

Les origines génétiques

Ce trait est principalement dû au gène EDAR, qui influence non seulement la forme des yeux, mais aussi l’épaisseur des cheveux et la densité des glandes sudoripares. Une fois apparue, cette mutation s’est maintenue et propagée car elle offrait un avantage de survie. Au-delà de l’aspect pratique, ce trait a pu devenir un critère de beauté ou de reconnaissance au sein de ces populations, favorisant sa transmission de génération en génération.

Mais ce pli épicanthique reste un mystère, on se pose encore des questions si cette particularité physique n’est pas une caractéristique universelle à l’origine. Car si le pli épicanthique est bien présent chez la plupart des Japonais, dont la plupart descend de l’ethnie aïnou, originaire de l’extrême-Est sibérien, les Coréens, les Mongols et autres peuples d’Asie centrale. Mais aussi chez les Chinois de l’ethnie han venus des steppes du Nord et qui constitue aujourd’hui l’ethnie la plus importante de la planète en termes de population. Ou encore en Asie du Sud-Est, chez les Vietnamiens et leur génome issu des peuples du sud de la Chine et des ethnies des montagnes d’Indochine. Les dernières études révèlent que le pli épicanthique est loin d’être exclusif aux Asiatiques de l’Est et du Sud-est : on le retrouve notamment chez les Inuits et les Amérindiens, leurs ancêtres ayant eu un parcours similaire de migration et ont traversé ce qui est devenu le détroit de Béring. Et plus étonnant encore, on retrouve ce pli chez certaines populations d’Afrique, comme les San en Afrique du Sud.

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