Luang Prabang, cette ville envoûtante qu’on ne finit pas de découvrir, au patrimoine exceptionnel, où se côtoient aujourd’hui harmonieusement l’architecture traditionnelle laotienne et le style colonial européen, s’est développée sur plus d’un millénaire d’histoire, au gré des présences étrangères hétéroclites, birmane, siamoise, et française.

Une ville historique placée stratégiquement le long du Mékong

Blottie dans un écrin de verdure sur une péninsule au confluent du Mékong et de la rivière Nam Khan, stratégiquement placée sur l’ancienne route de la soie, elle constitue durant des siècles l’ancienne capitale du royaume indépendant de Lan Xang – le royaume du million d’éléphants – et un haut symbole du bouddhisme au Laos. Bousculée par les années de conflits afférents aux guerres d’Indochine, mais qui a échappé aux bombardements, cette ville fantôme en ruine qui se meurt doucement après la disparition de son roi et la Révolution Lao de 1975, prend un second élan lors de son ouverture au tourisme au début des années 1990, et à la suite de son inscription sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO en 1995, une reconnaissance dans laquelle se trouve impliqué Francis Engelmann, un curieux passionné, pris d’amour pour Luang Prabang, dont l’histoire personnelle permet de mieux comprendre les nombreuses facettes de l’ancienne capitale royale.

Vue générale du site prise de Chom Phet

Vue générale de Luang Prabang prise depuis Chom Phet

Le parcours de Francis Engelmann

Une curiosité pour l’Asie du Sud-Est qui l’incite au voyage

Francis débute sa carrière dans les années soixante-dix en tant qu’urbaniste, dans un bureau d’études proches des organismes d’habitat social à Paris. Intrigué par la vague communiste qui fait affluer en France de nombreux réfugiés d’Asie du Sud-Est, il commence à s’intéresser à l’histoire de cette région d’où viennent ces personnes qui fuient leurs pays d’origine. S’ensuit alors quinze années de voyage à travers la péninsule Indochinoise et l’Indonésie où sa curiosité pour la culture asiatique va croissante.

Un destin rapidement lié au Laos

En 1991, il s’installe six années à Vientiane au Laos afin de participer à la création de l’École Nationale d’Administration et de Gestion dans le cadre d’un projet de coopération entre le Laos et la France.

Dans le même temps, on le sollicite pour travailler avec les équipes qui préparent l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO de Luang Prabang, qui va marquer le début d’une phase de restauration de son patrimoine et de développement économique. Des centaines de bâtiments sont identifiés pour leur intérêt architectural ; leur destruction est interdite et le centre-ville classé, protégé, permet ainsi à ce joyau, marqué par les affres du temps, de retrouver ses lettres de noblesse.

Francis

Francis Engelmann

Un nouvel appel de l’Asie l’amène à Luang Prabang

Après quelques temps passés en France pour se remettre à niveau professionnellement et exprimer à travers des livres sa passion pour l’histoire et l’Indochine, il répond à un nouvel appel pour l’Asie en 2002 lorsque l’UNESCO le recontacte afin de s’investir dans le projet Asia-Urbs « Gestion de l’espace public de Luang Prabang pour le développement socio-économique de la population locale ».

Ce programme financé par l’Union Européenne vise à désamorcer la rivalité qui oppose les commerçants Lao installés depuis longtemps en ville et qui appartiennent à l’ethnie Tai (famille ethnolinguistique qui inclut les Lao, les Siamois de Thaïlande, et les Shan de Birmanie), et les Hmong nouvellement arrivés des montagnes environnantes, qui envahissent de leurs étals d’artisanat le « marché de la Poste » à Luang Prabang, l’ancienne Place d’Armes. Conjointement avec d’autres partenaires, Francis effectue un travail de concertation, et de sensibilisation des populations locales qui souffrent d’une certaine ignorance et même parfois de préjugés envers les autres groupes ethniques. Cette initiative sera un succès, les commerçants issus d’ethnies variées se côtoient désormais avec respect ; le marché ethnique prend alors sa dénomination actuelle de « marché artisanal » dans une ville de plus en plus multiculturelle.

Local market

Le marché local – peinture de Sompaseuth Chounlamany

Au service de projets de développement local

Ce goût pour communiquer et rassembler des gens ou des communautés, en favorisant l’interaction et le partage de la connaissance, mêlé à son esprit éclectique et sa soif de comprendre et partager, pousse Francis à se mettre au service de nombreux projets locaux de micro-développement comme : un programme de formation de couturières, de sauvegarde des traditions culturelles et musicales d’un village… Il est vice-président, de 2007 à 2009, d’une association ayant pour vocation la transmission du patrimoine immatériel de Luang Prabang. Le projet d’art et d’éducation « The Quiet in The Land Luang Prabang » réalisé avec le service provincial de l’information et de la culture de Luang Prabang et des Fondations américaines lui fait découvrir le monde de l’art contemporain que ce projet de cinq années (2004-2008) introduit dans la vie de Luang Prabang ; il est celui qui favorise la rencontre entre ces artistes venus du monde entier et les communautés de Luang Prabang.

Le patrimoine religieux de Luang Prabang

Le patrimoine religieux de Luang Prabang

Un savoir et une passion qu’il aime partager

En plus de l’architecture, son insatiable curiosité l’amène à approfondir ses connaissances en histoire de l’art, en botanique et dans le bouddhisme, des sujets dont il aime à discuter avec les visiteurs qu’il rencontre. Des connaissances qu’il prend aussi plaisir à restituer au travers de nombreux ouvrages et publications sur le Laos et l’Asie du Sud-Est, et via des conférences et promenades culturelles privatives entre les pagodes dorées, les maisons anciennes et les jardins de cette ville bijou, devenue une fierté nationale ; que certains à présent redoutent de voir frappée par le syndrome de la ville-musée et de la « gentrification ».

Le perle du Laos

Son livre « Luang Prabang – La perle du Laos » illustré par Vincent Besançon

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