La région de la Haute Nam Ou s’étend à l’extrême nord Laos dans la province de Phongsaly (Phong-sa-ly) ; montagneuse et reculée, elle est l’habitat de nombreux groupes ethniques et le bassin d’un des affluents majeurs du Mékong : la rivière Nam Ou.

Nam ou

Haute Nam Ou

Un territoire aux montagnes escarpées

La région se compose de massifs granitiques, schisteux et parfois calcaires, orientés sur un axe nord-sud ; les principaux étant le Phu Den Din (ou Sayphou Namhoun, zone du Phu Den Din NBCA), le Phu Longthang et le Phu Sang (le mont de l’Eléphant).

En 1937, le Guide Taupin décrit ainsi la région : … Elle n’est qu’un enchevêtrement inextricable de montagnes aux pentes raides, plus qu’aux trois-quarts dénudés, séparées par des ravins et vallées, véritables fossés où serpentent de multiples arroyos à travers des lambeaux de forêts. Ce sont que ressauts, exhaussements confus de collines, de pics, de cônes, de mamelons, de pyramides, qui s’étendent à perte de vue, se chevauchent, s’étirent et ondulent les uns derrière les autres

Phu Sang

Le Phu Sang

Creusées par une voie fluviale historique

Comme son nom l’indique, la région de la Haute Nam Ou gravite autour de ce cours légendaire et constitue la voie principale d’accès fluvial vers le Haut Laos et la Chine. La Nam Ou prend sa source au nord de la province de Phongsaly dans le district de Muang Ou Nua, sous le mont Tahanseu (1699 m). Elle traverse le Nord Laos sur quatre cent quarante-huit kilomètres jusqu’à Pak Ou où elle conflue avec le Mékong. Elle est un des axes historiques de pénétration du Haut Laos, jadis utilisée par les Laos pour rejoindre les Muang septentrionaux ; elle est crainte puisqu’autrefois barrée par plus de trois cent rapides, sujette à de subites crues, bordée par de hauts versants, alimentée par des dizaines de cours plus ou moins importants et d’après les locaux, hantée par de nombreux génies plus ou moins bienfaisants. Depuis une dizaine d’année elle est barrée par divers barrages chinois.

Phu Sang

Centre du Mont Phu Sang

Alimentée par une infinité d’affluents

La topographie compliquée des montagnes de la Haute Nam Ou engendre une myriade d’affluents aux cours parfois sinueux, dévalant dans des combes, creusant des gorges encaissées, barrées de rapides rocailleux aux berges recouvertes de bois et de halliers impénétrables. o'paLes principaux affluents de la Haute Nam Ou étant les Nam Sipan, Nam Sang, Nam Le et Nam Deng, alimentant son extrémité nord, les Nam Paho et Nam Hou (affluant du Phu Den Din), la Nam Khang (prenant sa source tout au nord en Chine), la Nam Leng et la Nam Ly (traversant le Phu Sang sur un axe est-ouest), vers le sud la Nam Ban, la Nam Phak, cette dernière affluant à Muang Khoa. En période de mousson, ces cours se gonflent, s’élargissent et se multiplient, ils dévalent vers la Nam Ou tels des Hydres lacustres, impliquant des crues et des glissements de terrain spectaculaires, le niveau de la rivière pouvant par conséquent monter de dix mètres en une nuit.

Disposée aux échanges commerciaux

Avant la fin des années 1990 et l’apparition des routes, la Nam Ou est donc la principale voie fluviatile vers le Haut Laos. La rivière est jalonnée par une série de bourgs plus ou moins importants dont Nong Khiao, Muang Ngoi, Muang Khoa, Muong Samphan et finalement, le plus au nord, par Ban Hatsa, vieux port-fluviatile et ancien accès via une piste rocheuse à Phongsaly-ville.

Toute une flotte hétéroclite navigue sur la Nam Ou, vers l’aval ou vers l’amont : embarcations diverses, barges, pirogues-rapides, chalands à vapeur et radeaux en bambou transportent des cargaisons de bois, de tissus, des marchandises ou des passagers ; certains villages font office de marchés périodiques et lunaires, les groupes ethniques des hauteurs y descendent parfois après un ou deux jours de marche pour y vendre des bijoux, des étoffes, du gibier, du bois précieux, du riz sauvage ou de l’opium. Le long du cours, divers bacs permettent de circuler entre les rives, bacs légers constitués d’une ou deux pirogues attachées ou bacs plus conséquents et câblés, certains, notamment ceux de l’époque de la Guerre secrète se retrouvent abandonnés, rouillés et à demi-ensablés sur les berges mouvantes.

Nam ou

Illustration de Gilles Mevel – 2009

Au pays d’ethnies minoritaires méconnues

Tous ces cours et par conséquent la Nam Ou sont jadis aurifères et exploités par les populations locales, notamment par les Khmu et les Thaï, groupes peuplant les rives, les hauteurs étant la résidence d’une myriade de groupes méconnus dont les O’ Pa, les O’ Ma, les Silla, les Sida, les Ho et les Lolo. Vers l’aval, la Nam Ou se fraye une voie entre de hautes barres et massifs calcaires, pays historique des Khmu, premiers habitants du Laos et dont les royaumes légendaires se trouvent vers Muang Ngoi (Muang Ngoi Neua).

O'Pa

Femme o’pa en habit vernaculaire

Luma

Une famille luma

Encore isolées du monde moderne

Les Français de l’époque coloniale utilisent l’axe de la Nam Ou pour accéder à la région de Phongsaly, le Guide Taupin en résume ainsi la situation : … Mais à l’heure actuelle et pour longtemps encore, les difficultés d’accès et de circulation à l’intérieur du territoire (Phongsaly), les très rares ressources qu’il offre par la suite de la faible densité de sa population très arriérée, empêcheront le développement du tourisme. Toutefois, les voyageurs se souciant peu de leur confort, jouissant d’une santé robuste, ayant enfin les moyens financiers sérieux, trouveraient ici, une région très pittoresque, une mosaïque de races intéressantes à tous égards. Ils auraient en outre la sensation assez rare en Indochine, de parcourir un pays fermé au tourisme proprement dit… La dernière phrase étant de nos jours presque toujours d’actualité, spécialement dans le massif du Phu Den Din NBCA et dans le massif du Phu Sang où Amica Travel développe des expériences immersives depuis 2012.

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