Les Français ont laissé une forte empreinte dans l’architecture de grandes villes vietnamiennes. A Saigon cette influence est encore bien visible dans le district 1 qui était à l’époque coloniale le quartier résidentiel des colons. Lors d’une agréable balade à pied dans ce quartier vous pouvez observer les traces visibles d’un urbanisme à la française. Au cours de celle-ci, voici quelques-uns des édifices que vous pouvez admirer et qui constituent la quintessence du patrimoine architectural français de Saigon.

Le Musée des Beaux-Arts

Vous pouvez débuter cette balade en découvrant le Musée des Beaux-Arts. Conçu par l’architecte français Rivera en 1929, il s’agit d’un édifice Art Déco orienté selon les règles du Feng Shui, que l’on doit à un riche marchand chinois passionné pour l’art. Cette imposante bâtisse coloniale de trois étages arrangée autour d’une cour intérieure se distingue par sa remarquable structure, véritable métissage culturel entre les influences chinoises et françaises des grandes maisons familiales. En outre, le musée abrite une collection de plus de 20 000 artefacts, peintures et sculptures réalisées par des artistes vietnamiens de renom. Juste à côté du musée se trouve une magnifique ancienne demeure coloniale reconvertie en café.

La cour intériweur du Musée des Beaux Arts

Le marché Ben Thanh

A quelques dizaines de mètres du Musée des Beaux-Arts se trouvent le fameux marché de Ben Thanh. Construit en 1914 par Brossard et Mopin, ce marché à l’architecture Art Déco est surmonté d’un vaste dôme de 28m de diamètre, et l’entrée principale se distingue grâce à son grand beffroi. Vieux de plus de 100 ans, le marché de Ben Thanh fait figure de patrimoine architectural de la ville. Autant populaire auprès des touristes en quête d’artisanat local que des vietnamiens, le marché regorge de textiles, tenues traditionnelles et souvenirs, ainsi que de cuisine locale !

Vieux de plus de 100 ans, le marché de Ben Thanh fait figure de patrimoine architectural de la ville

La Halle marchande du marché

L’Hôtel de Ville

En poursuivant sur le boulevard Le Loi vous débouchez sur l’Hôtel de Ville. Achevé en 1908 par l’architecte Paul Gardès, sa conception est calquée sur la mairie de Paris. Il est considéré comme l’un des monuments coloniaux les plus spectaculaires et emblématiques de la ville. A voir surtout la nuit, lorsqu’il est illuminé. N’oubliez pas d’aller voir la statue d’Ho Chi Minh située juste en contrebas.

L’Hôtel de Ville illuminé

La statue d’Ho Chi Minh située juste en contrebas

L’Hôtel Continental

Juste un peu plus loin se trouve l’Hôtel Continental. Ouvert en 1880, l’hôtel était un lieu incontournable dans la vie sociale et politique de Saigon pendant l’ère coloniale française. Symbole et miroir de l’histoire de l’Indochine, l’hôtel Continental fut le point d’ancrage de tous les aventuriers, les rêveurs et les ambitieux. Son salon, sa terrasse bruissaient des intrigues et des illusions tissées par ces hommes qui ont cédé aux charmes de l’Extrême-Orient, ses promesses de fortune, le parfum du pastis et des tamaris, la fumée brune de l’opium puis celle des canons.

Le Continental dans les années 50

La célèbre terrasse du Continental

L’Opéra de Saigon

Juste en face de l’Hôtel Continental se trouve l’Opéra de Saigon. Conçu par l’architecte Félix Olivier en 1900 et influencé par le style flamboyant de la troisième République, notamment l’architecture gothique de l’Opéra Garnier à Paris. Sa façade est calquée sur celle du Petit Palais, édifié la même année. En 1943, une partie de cette décoration fut enlevée avant d’être partiellement restaurée en 1998 à l’occasion du 300e anniversaire de la ville.

La façade de l’Opéra de Saigon

L’intérieur de l’Opéra de Saigon

La Cathédrale Notre-Dame

En remontant la rue Dong Khoi on découvre la Cathédrale Notre-Dame. La cathédrale, selon les plans de Bourard est de style roman révisé, mélangé au style gothique et basé sur le modèle de Notre-Dame de Paris. Sur le parvis se dresse une statue de la Vierge Marie dont on dit qu’elle aurait miraculeusement versé quelques larmes pendant plusieurs jours en 2005. Derrière sa façade de pierre et de brique rouge de Toulouse se cache un intérieur relativement sobre. C’est un des lieux favoris des jeunes mariés vietnamiens pour faire leurs photos de mariage.

La Cathédrale Notre Dame de style roman révisé

Utilisation de briques rouges de Toulouse pour sa construction

La Poste Centrale

Face à la Cathédrale se trouve la Poste Centrale. Conçue par Gustave Eiffel entre 1886 et 1891, c’est un bâtiment superbe dont l’architecture ressemble aux premières gares ferroviaires européennes, par sa voûte et ses fenêtres contrées. Vous trouverez à l’intérieur un grand plan de Saigon et de ses environs datant de 1892. Sur le mur opposé un plan de 1936 montre le réseau téléphonique du Sud-Vietnam.  En plus de son intérêt touristique la poste est parfaitement fonctionnelle. Vous pouvez y acheter des cartes postales et des timbres ainsi que d’envoyer des courriers.

La façade de la Poste Centrale

La Raffinerie d’Opium

Après cette belle balade et pour compléter cette immersion dans le patrimoine architectural français, pourquoi ne pas aller prendre un verre ou se restaurer dans l’ancienne Raffinerie d’Opium. Début du XXème siècle, celle-ci occupait un espace presque rectangulaire, délimité par quatre rues, dont la superficie dépassait 1 hectare. L’opium était transformé par des ouvriers qualifiés sous le contrôle de l’administration coloniale. C’était la plus importante source financière pour les caisses coloniales françaises. Aujourd’hui, les bâtiments existent toujours grâce à l’implantation de quelques restaurants de caractère.

Le restaurant Raffinerie

Sa terrasse extérieure

Ce n’est bien sûr pas une liste exhaustive du patrimoine architectural français de Saigon. La ville abrite encore un grand nombre de vieux bâtiments. Mais pour combien de temps ? Avec une croissance qui approche les 10%, Saigon a besoin de nouveaux espaces. C’est ainsi que les anciens bâtiments font souvent place à des gratte-ciel ou des immeubles modernes. La construction de complexes immobiliers offre certes des perspectives financières auxquelles la conservation ne peut pas prétendre, mais modernité et patrimoine ne sont pour autant pas antithétiques. Les autorités municipales, conscientes de ces problématiques, souhaitent travailler désormais à la « valorisation » du patrimoine, notamment à des fins touristiques, plutôt qu’à défendre un idéal de « conservation » qui peut paraître suranné.

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