Nous poursuivons l’interview de quelques-uns de vos guides ! 5 questions pour (re)découvrir le métier de guide local, les avantages, les contraintes et les perspectives d’avenir.

Interview de Nguyễn Văn Trọng

1) Présentez-vous en quelques mots, pour nos voyageurs qui ne vous connaissent pas

Je m’appelle Trong, j’ai 38 ans. J’habite actuellement dans un appartement à Hanoï avec ma femme et mon fils de 9 ans. J’ai commencé à apprendre le français il y a maintenant 25 ans, dont 7 ans à l’école et 4 ans à l’École normale supérieure de Hanoï, où j’ai suivi des études de langue et de civilisation françaises. Initialement, je souhaitais devenir professeur de français. J’aime beaucoup cette langue.

2) Pourquoi avez-vous décidé de devenir guide ?

À la sortie des études supérieures, je souhaitais faire apprendre, aux enfants d’une zone rurale, la langue française.  Mais plusieurs raisons personnelles m’ont amené à faire une croix sur ce projet : mes parents étaient malades, les écoles françaises fermaient peu à peu pour être remplacées par des écoles enseignant l’anglais. Je me suis rabattu à travailler pour un hôtel à Hanoï.

Durant cette période, je me suis toujours demandé pourquoi je ne peux pas pratiquer mon français, cette langue que j’aime tant. C’est alors que l’idée m’est venue de travailler en tant que guide francophone. Voilà depuis 10 ans, que j’accompagne des voyageurs sur les sentiers du Vietnam, dont 6 années avec Amica Travel. « Faites de la vie un rêve et faites de vos rêves une réalité », j’ai suivi cette citation qui m’accompagne depuis tant d’années.

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Nguyen Van Trong en compagnie d’un groupe de voyageurs et de locaux.

3) Avez-vous une anecdote mémorable lors de l’un de vos voyages, en tant que guide local à raconter aux lecteurs ?

Je vais vous raconter une anecdote il y a 3 ans, durant un circuit avec un groupe de voyageurs au Nord-Vietnam. Durant une promenade, une dame souhaitait interpeller son mari, qui était loin de nous. Elle a maintes fois écrié son prénom mais cela n’a pas marché. Ensuite, elle décida d’hurler « mon cœur ! ». Mais cela ne marchait toujours pas. J’ai alors pris le relais en hurlant « Monsieur ! Mon cœur ! » et il a enfin entendu… Le soulagement a très vite laissé place à des éclats de rires. Ce couple très soudé sont des voyageurs fidèles d’Amica et ont constamment envie de revenir au Vietnam.

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Les éternelles rizières en terrasses du Nord-Vietnam.

4) Quels sont les côtés moins reluisants en étant guide ?

J’aime bien ce métier mais sincèrement, c’est un métier parfois difficile pour moi et surtout pour ma famille.
En premier lieu, je m’absente souvent de chez moi, surtout en hausse saison touristique. Mais heureusement, mon fils est encore petit et il comprend déjà et à l’air d’aimer mon métier. Au-delà de cette difficulté, ce métier m’encourage beaucoup à vivre de ma passion de partager avec les voyageurs, la beauté, la tradition, la culture et l’histoire du Vietnam.

Ensuite, il est difficile lors des circuits en montagnes, en immersion chez l’habitant, d’apercevoir des enfants démunis des zones reculées, alors que ceux des villes sont « armés jusqu’au cou » ; ce contraste des richesses me fait mal au cœur.

5) Comment percevez-vous l’évolution du tourisme au Vietnam dans l’avenir ?

Je pense que le Vietnam continuera d’être une destination attrayante pour les visiteurs étrangers, notamment chez les francophones. Le tourisme participe grandement au développement économique du pays avec un taux de croissance annuel de 6.7%.

Mais d’un autre côté, le tourisme de masse cause des dégâts importants, comme la pollution, le recul des traditions, le changement du mode de vie des minorités, des beaux paysages saccagés par d’immenses hôtels et par d’autres infrastructures touristiques, etc.
La baie d’Halong est un exemple concret du tourisme de masse. Elle accueille beaucoup trop de touristes. La conséquence la plus visible est à la surface de l’eau : de nombreux détritus flottent, en premier lieu des bouteilles d’eau et des sacs en plastique. Ensuite des centaines de personnes font la queue pour visiter les grottes, pagayer en kayak, etc.
Ensuite je citerais Sapa. C’est un grand chantier maintenant. Les hôtels, restaurants, salons de massages, les auberges au milieu des rizières s’accroissent comme des champignons.

À mon avis, il faut une réelle volonté des dirigeants vietnamiens de développer un tourisme plus responsable, solidaire et durable. Il est encore temps de freiner ce tourisme spontané, vide d’apprentissages et susciter l’émergence de la protection de l’environnement pour tous les vietnamiens.

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Devant les rizières de la réserve naturelle de Pu Luong. Je vous y attends !

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