Si il y a bien une image qui colle à l’imaginaire du Vietnam c’est bien celle du chapeau conique autant que celle du béret pour la France.

Le chapeau conique, qui répond également au nom de nón lá en langue vietnamienne, est le couvre-chef par excellence au Vietnam porté principalement par les femmes et plus particulièrement à la campagne pour se protéger du soleil et de la pluie pendant les travaux des rizières. Bien que le chapeau conique soit largement utilisé par les paysans en Asie du Sud-Est, chaque pays a son propre style de chapeau conique et celui du Vietnam se caractérise par son histoire et son processus de fabrication qui leur ont donné toutes ses lettres de noblesse.

Histoire du chapeau conique vietnamien

Selon quelques études, l’utilisation du chapeau conique vietnamien remonterait à l’époque du Bronze au premier millénaire avant Jésus Christ, soit près de 3000 ans. En témoignent les dessins gravés sur les flancs et le plateau du fameux tambour de bronze de Ngọc Lũ où l’on distingue parfaitement des chapeaux coniques qui avaient pour fonction non pas de protéger du soleil ou de la pluie mais plutôt de faire venir celle-ci en servant d’objet rituel pour l’invoquer. Rendez-vous en compte par vous-même en visitant le musée d’histoire vietnamienne de Hanoï où est exposé le fameux tambour de bronze.

Le chapeau conique vietnamien, le nón lá, est également présent dans de nombreuses légendes populaires comme celle attribuée à la déesse mère Tho Mai dont la dévotion ancestrale se pratique dans de nombreux lieux de culte, où les autels sont coiffés de chapeaux coniques multicolores. Si aujourd’hui le nón lá est porté principalement par les femmes vietnamiennes, il fut un temps où le chapeau conique était réservé aux hommes et notamment aux soldats. L’empereur Khải Định avait l’habitude d’en porter un, laqué et couvert de pièces métalliques.

Les femmes portaient elles des chapeaux plats très larges, nón quai thao en vietnamien, comme peuvent l’attester les vieilles photos du début du XXème siècle prises durant la colonisation française en Indochine. Autrefois, il existait plusieurs styles de chapeaux coniques qui différaient selon la fonction du porteur. Avec les années et la disparition de la féodalité vietnamienne, seul le chapeau conique actuel est resté, de sa base jusqu’à sa pointe, il est profondément ancré dans la culture traditionnelle vietnamienne.

nón quai thao vietnam histoire

Le nón quai thao était un chapeau très large porté par les femmes vietnamiennes jusqu’au début du XXème siècle.

Le processus de fabrication du nón lá

Les paysans vietnamiens ont depuis toujours su avec ingéniosité et habilité tirer profit de leur nature environnante pour fabriquer toute sorte d’objets du quotidien et le chapeau conique traditionnel ne déroge pas à la règle. Si il est considéré léger comme le vol d’une hirondelle c’est parce que le nón lá est entièrement composé de végétaux. Un chapeau écologique qui sous son aspect simple demande tout de même dix étapes pour sa confection et quatre heures de travail. Il faut tout d’abord couper des tiges de bambou pour constituer l’armature. Vient la coupe des feuilles de latanier (feuille de palmier tropical) ou de rhapis qui après avoir été préalablement séchées et repassées sont  tressées, puis cousues avec des fils de bambou ou de nylon sur l’armature. Le chapeau est ensuite enfumer afin qu’il puisse résister aux termites et autres insectes xylophages. Enfin un ruban, parfois en soie, relie deux extrémités pour qu’il puisse se glisser discrètement sous le menton lorsque le chapeau est porté.

chapeau conique vietnam

La fabrication du chapeau conique demande une grande rigueur et de la patience.

chapeau conique vietnam

L’envers du chapeau conique est d’une grande beauté, on distingue l’armature fine en bambou et le ruban, parfois en soie.

Un artisanat familial

La fabrication de chapeaux coniques est quasiment organisée en petites unités familiales où plusieurs générations s’attèlent à la tâche. Plusieurs villages à travers le Vietnam s’en sont fait la spécialité. Aux portes de Hanoï, dans l’immense delta du fleuve Rouge, le village de Chuông est réputé dans tout le nord du Vietnam et même au-delà pour la qualité de ses nón lá. Se rendre à Chuông est l’occasion de découvrir cet artisanat ancestral aux portes d’Hanoï et d’apprécier les caractéristiques d’un village typique du delta du fleuve Rouge entouré de rizières avec sa porte d’entrée, sa maison communale, ses pagodes et ses temples familiaux, son vieux banian et son marché couvert.

Hué, au centre du Vietnam, est également très réputée pour la fabrication de chapeaux coniques, où les artisans locaux se sont permis d’ajouter une touche de charme et d’originalité à leurs couvre-chefs. Dans la ville littéraire par excellence où des générations de poètes se sont succédés pour louer sa splendeur, les artisans de Hué et de ses alentours insèrent des poèmes entre les feuilles de latanier que l’on peut lire par transparence. Certains artisans confectionnent également des chapeaux coniques brodés. Lors des dernières étapes de la réalisation du chapeau, l’artisan brode, à la surface des feuilles, des images typique de Hué telles que la pagode Thiên Mu, le pont Truong Tiên ou l’ancienne citadelle impériale.

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L’armature qui permet de maintenir la forme du chapeau conique.

Le chapeau conique, un accessoire de mode à nouveau tendance

Si pendant des années le nón lá était porté quasi exclusivement par les paysans et les citadins originaires de la campagne, on note un regain d’intérêt pour ce chapeau qui est une véritable icône au Vietnam. Un retour sur le devant de la scène vestimentaire accompagné par le renouveau de l’ao daï, la tenue traditionnelle des femmes vietnamiennes. Coiffées de leur chapeau conique et drapées de leur ao daï, les femmes vietnamiennes dégagent alors une grâce, une élégance et une douceur irrésistibles.

Le chapeau conique est aujourd’hui décliné en plusieurs tailles et aspects, du plus petit au plus grand, laissé à l’état brut ou peint par-dessus, même si il n’est pas facile de le transporter en avion, il est devenu un des ambassadeurs du Vietnam à l’étranger. Et vous, résisterez-vous à acheter cet emblème du Vietnam ?

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