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La partie centrale du Vietnam, le Trung Bô, autrefois appelée l’Annam, conserve de nombreux souvenirs de son passé prestigieux : Huê, l’ancienne cité impériale et ses tombeaux, Danang et les vestiges des royaumes oubliés du Champa, un ruban de plages dorées et une multitude de petits villages traditionnels le long de la route Mandarine. A l’Ouest de l’étroite bande côtière, une chaîne montagneuse forme une frontière naturelle avec le Laos et une partie du Cambodge : les Hauts Plateaux du Centre.

Cette région marquée par l’empreinte de l’histoire, qui s’étend entre Danang, Dalat et la côte orientale du Vietnam, est le berceau de peuples anciens détenteurs de coutumes et de savoirs immémoriaux qu’ils préservent encore aujourd’hui. Ce sont ces peuples que quelques infatigables aventuriers français passionnés d’ethnographie ont pu rencontrer au siècle dernier, étudier et qui, l’âme rincée par les tribulations, ont pu nous faire découvrir à travers des écrits précis et merveilleux.

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De gauche à droite : Yersin, De Mayrena et Boulbet

Ils sont une poignée à avoir exacerber notre curiosité, à nous faire sentir, à travers leurs aventures, le sel de la vie fondre sous la langue en croquant les premières bouchées du mot voyage. Jean Boulbet, découvreur des « Cau Maa », population proto-indochinoise encore insoumise qui avaient refoulé l’expédition d’Henri Maître en 1910 ( ce dernier mena des missions d’exploration et de pacification des peuplades indigènes sur plus de 5800 km aux confins de l’Annam, du Laos et du Cambodge entre 1905 et 1911), et de leur territoire, le fameux « Domaine des génies ». David de Mayrena, roi des Sédang, certains des plus redoutables et des plus belliqueux de tous les Moïs qu’il fédère afin de contrer les Siamois qui envisageaient de pénétrer dans les Hauts Plateaux du Centre du Vietnam via le Laos. Ou encore le docteur Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste et grand amoureux du Vietnam et de son peuple qui explora les hauts plateaux de Cochinchine et d’Annampour, et qui créa avec l’aide du gouverneur Paul Doumer la station climatique de Dalat.

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Boulbet fut le premier a levé la carte de la région de Blao puis de l’ensemble de l’immense territoire des Cau Maa’, le fameux « Domaine des génies »

En marchant sur les pas de ces « figures » qui ont marquées de leur empreinte l’Indochine Française vous découvrirez les Hauts Plateaux du Centre au delà de sa façade touristique, un terrain d’exploration où l’imaginaire peut se déployer à son aise. Cette région nimbée de légendes exhale encore les parfums d’aventure, dégage une atmosphère de bout du monde, fait naître des passions et réveille en nous nos images fantasmées d’Indochine.

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Cette région dégage une atmosphère de bout du monde

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Maison traditionnelle Bahnar

On pénètre bien souvent dans ce relief accidenté, tourmenté, à la beauté brute et sauvage au son des gongs, cette région étant le berceau de l’espace de la culture des gongs inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2008. Ceux-ci sont des instruments sacrés utilisés par les minorités ethniques lors des offrandes, des rituels, des funérailles ou des noces, des célébrations de la nouvelle année ou des rituels agricoles. Étroitement liés à la vie quotidienne et au cycle des saisons, leurs systèmes de croyances composent un monde mystique où le jeu du gong constitue un langage privilégié entre les hommes, les divinités et le monde surnaturel. Derrière chaque gong se cache un dieu ou une déesse d’autant plus puissant que le gong est ancien. Chaque famille doit possèder au moins un gong car il témoigne non seulement de sa fortune mais aussi de son autorité et de son prestige dans sa communauté ethnique et dans sa région.

Au temps de Boulbet, De Mayrena et Yersin les gongs annonçaient bien souvent les batailles ou les célébrations de victoires. Bahnar, Edé, Mnong, Raglaï, Sedang, Stieng, Churu, Koho , Katu, Ma Maa’, Hré, Romam, Ta Oy ou encore Bru Van Kieu étaient des guerriers redoutables et étaient pour la plupart inféodés aux royaumes chams, khmèrs ou du Lan Xang. Les armées françaises puis américaines l’avaient bien compris et ont utilisé certaines de ces populations pour combattre le Vietminh et ensuite le Vietcong.

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Ethnie Gia Rai

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Festival Cong Chien de l’ethnie Gia Rai

Bombardées à l’agent orange, traumatisées par la guerre et délaissées par la France et l’Amérique, ses différentes ethnies à majorité catholique ont tenté de reprendre une vie normale depuis les tragiques événements. Ces nombreuses ethnies montagnardes que l’on ne croise nulle part ailleurs au Vietnam tente de maintenir leur mode de vie traditionnel. Il n’est pas rare d’ailleurs pour le voyageur avertit d’assister à une des nombreuses cérémonies de ces ethnies.

Outre le patrimoine humain, les Hauts Plateaux du Centre possède encore, malgré la déforestation, un patrimoine naturel de grande valeur. Entre plantations de café, champs de poivre, jungle, forêts d’essences précieuses où débardent encore quelques éléphants, lacs et cascades naturelles se succèdent petites villes et villages, ceux-ci portent les noms de rivières, d’animaux ou de phénomènes propres aux lieux choisis. Le délicat parfum des caféiers en fleur, qui rappelle le jasmin, accompagne aujourd’hui le voyageur sur la route d’un périple inoubliable. À chaque escale, le meilleur thé du Vietnam accompagne également les repas, offert comme on offre de l’eau.

Se rendre dans cette région c’est comme pénétrer dans un royaume de délices pour les sens. Derrière leurs barrières de bambou, toutes les maisons possèdent un jardin qui embaume de senteurs de fleurs tropicales, de banane, de café, de fruits tropicaux et de maïs. Les femmes déambulent avec sur le dos des paniers tressés magnifiquement ornés. Elles sont d’une beauté stupéfiante, lumineuses à en être irréelles avec leur jeune chair fardée de soleil. On ne viendrait ici juste pour elles.

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Femmes de l’ethnie Ede

peuple vietnamien

Jeune fille de l’ethnie Ma Maa’

Il est facile d’insérer un module de séjour dans les Hauts Plateaux du Centre dans votre circuit du Nord au Sud. En effet, on peut accéder ou sortir de cette région par le Sud par Saigon, le parc national de Cat Tien ou Dalat, par le Nord avec notamment Hoi An et ses vieux quartiers portuaires, ou par la façade maritime et les stations balnéaires de Quy Nhon, Nha Trang ou Mui Ne.

Toujours dans le Centre, en terre Cham, offrez-vous une parenthèse enchantée confidentielle et faîtes de votre voyage une promesse de bonheur à sceller d’une pause plage dans le parc national de Nui Chua, refuge de beaucoup d’espèces endémiques, rares, précieuses d’une haute valeur scientifique et écotouristique. Celui-ci déroule son chapelet de plages sauvages de sable blanc en écharpe où le mot farniente est à écrire en bleu de la mer de l’Est.

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Parc national de Nui Chua